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Agitation, attention et numérique : un lien de cause à effet ?

Il semblerait que la génération actuelle soit beaucoup plus agitée et moins capable de se concentrer que les précédentes. La faute aux écrans et aux nouvelles technologies ? Michel Desmurget, docteur en neurosciences et directeur de recherche à l'Inserm, nous donne son avis dans un livre sans concession.

Agitation, attention et numérique : un lien de cause à effets ?

Derrière un titre volontairement alarmiste et plutôt provocateur “La fabrique du crétin digital, les dangers des écrans pour nos enfants“, Michel Desmurget nous livre une analyse pointue et référencée sur les risques en tous genres liés à l’omniprésence des écrans dans notre quotidien. et celui de nos enfants.

La lecture de ce livre est très intéressante et exige justement de l’attention. Il ne s’agit pas d’un roman mais bien d’un essai, très documenté.

Quel que soit votre avis de départ sur le sujet, cet ouvrage a le grand mérite de poser de vraies questions, souvent dérangeantes, qui ouvrent la voie à une remise en question et proposent une vraie réflexion sur nos habitudes en termes d’accès aux écrans.

Tout porterait en effet à croire que l’usage prématuré et de plus en plus intensif des écrans aille à l’encontre d’un développement harmonieux de l’enfant.

Je souhaitais aborder sommairement ici, à travers le propos de l’auteur, deux sujets qui sont souvent à l’origine de questionnements sur notre site : l’agitation en général et les facultés de concentration.

L’agitation

Pourrait-elle être en partie la conséquence d’un trop plein d’écran, alors même que, paradoxalement ces “merveilleuses machines” sont souvent utilisées pour apaiser les enfants qui nous tournent autour sans pouvoir se poser ?

La question de l’imprégnation dans l’enfance est évoquée page 189 du livre et mérite qu’on s’y attarde pour bien en comprendre les enjeux :

Ce qui n’est pas mis en place dans les âges précoces du développement en termes de langage, coordination motrice, prérequis mathématiques, habitus sociaux, gestion émotionnelle… s’avère de plus en plus coûteux à acquérir au fur et à mesure que le temps passe .

La fabrique du crétin digital, Michel Desmurget

Autrement dit, les appareils prennent la place des échanges physiques, empiètent sur le temps de sommeil, la motricité, les expériences physiques et sensorielles nécessaires au bon développement du jeune enfant. Autant d’éléments indispensables qui, trop peu mis en oeuvre ou sollicités, pourront entraîner des troubles attentionnels.

Michel Desmurget dénonce sous le terme d’imprégnation une intrusion sournoise des écrans dans nos vies. En présence d’enfants demandeurs d’activités ludiques et instructives, il est vrai que le recours au numérique peut apparaître comme la solution idéale, fournissant une formidable ressource en terme d’apprentissage et de loisirs. Il faut cependant rester attentif à ce que les appareils divers et variés ne prennent pas notre place ni trop de place.

L’auteur évoque des chiffres assez astronomiques en termes de consommation d’écran qu’il serait intéressant de confronter à la réalité !

Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran.

La fabrique du crétin digital, Michel Desmurget

Pour sa part, Michel Desmurget préconise tout simplement le “zéro interface” avant 6 ans ! Ce qui me semble particulièrement difficile à tenir aujourd’hui.

L’attention

L’auteur parle ici des capacités de concentration. notamment dans un paragraphe (page 279) appelé l’attention saccagée. Un titre peu rassurant encore une fois.

Sur ce point je suis assez décontenancée en fait par la distinction, assez méconnue il me semble, faite entre attention distribuée et attention focalisée. Cela remet en cause un certain nombre de certitudes concernant les capacités de concentration des enfants qui sont réellement à étudier en fonction du contexte.

Le paragraphe suivant extrait du livre est très explicite sur ce point :

Derrière le concept apparemment unitaire d’attention se cachent des réalités comportementales et neurophysiologiques fort disparates. Les jeux vidéo d’action, par exemple, sollicitent l’attention distribuée, extrinsèquement stimulée et largement ouverte sur les effervescences du monde. A l’inverse, la lecture d’un livre, la rédaction d’un document de synthèse ou la rédaction d’un problème de maths requièrent une attention focalisée, intrinsèquement maintenue et peu perméalable aux agitations environnantes et pensées parasites.

La fabrique du crétin digital, Michel Desmurget

Alors que les déficits attentionnels et troubles de l’attention semblent désormais faire partie du quotidien d’un nombre de plus en plus important d’enfants, une réflexion approfondie sur les éléments favorisant ces troubles mériterait d’être menée.

De la même façon, lorsqu’il y a ambiguïté entre un haut potentiel avéré et une attention potentiellement perturbée pour diverses raisons à déterminer, une analyse fine et critique des éléments distracteurs et des types d’occupation de nos enfants me paraîtrait judicieuse.

S’il semble que bon nombre d’enfants, ceux à haut potentiel y compris, soient tranquilles et concentrés devant un jeu vidéo ou une émission de télévision, observe t-on les mêmes capacités de concentration face à un livre ou un jeu de société entre amis ?

Changer nos habitudes ?

J’avoue personnellement que depuis cette lecture j’ai beaucoup réduit la consommation numérique de mes enfants, même si celle-ci n’atteint largement pas les proportions faramineuses citées.

Il est cependant vrai que l’on prend rapidement de mauvaises habitudes, comme de chercher une information sur internet au lieu de prendre un dictionnaire… et le tout mis bout à bout représente un bon nombre d’occasions d’échanges et d’interactions ratées, (peut-être à jamais ?) ainsi que l’affirme Michel Desmurget.

Pour ceux qui ont le courage d’aller au bout du gros pavé et de se remettre en question, je conseille vraiment de lire ce livre. Et pour conclure, j’ajouterais au terme de ma propre lecture que la question de l’usage du numérique, voire le recours au tout numérique, en milieu scolaire mérite elle aussi réflexion.

En ce qui vous concerne, limitez-vous déjà l’usage des écrans à la maison ? Avez-vous fait des efforts pour revenir en arrière face à une consommation exagérée ? Comment procédez-vous pour poser des limites. Échangeons nos expériences à ce sujet si vous le voulez bien.

6 commentaires

  1. Fanny sur 16 décembre 2019 à 21 h 29 min

    Waouww un grand merci pour ce partage. Je n’ai pas de télévision mais malgré tout il est en effet difficile d’éloigner nos enfants des écrans. C’est une véritable éducation et des habitudes à créer et cultiver pour les limiter : se promener dans la nature, aller emprunter des livres à la médiathèque, retrouver le goût du bricolage ou du jeu de société en famille… J’y travaille et accompagne d’autres parents, notamment d’adolescents, débordés par la trop grande place des écrans dans leur vie…

  2. Virginie sur 16 décembre 2019 à 22 h 12 min

    Bonjour, je n’ai pas lu le livre, mais nous avons déjà posé des limites depuis 9 ans, mon fils ne connais les chaines télévisée que chez ses grands parents et amis, nous regardons uniquement des DVD, souvent empreintés par les enfants à la médiathèque.
    Les télécommandes sont à disposition uniquement les soirs où il n’y aura pas d’école le lendemain. Pas de tablette, ni téléphone pour les enfants, un dictionnaire à dispo dans le salon. Un accès à internet lorsque nous sommes présents, il regarde les c’est pas sorciers et joue à scratch.
    Il adore lire. Mais même devant la télévision, il montre qu’il n’est pas concentré.
    Tout effort le rebute à cause de ça, Monsieur gaffe, il parle de tout à tout le monde, gigote même en lisant…
    Mes deux enfants sont suivis dans le cadre de la dispropriospection. Le docteur Quercia a une théorie toute particulière sur les dys, mais qui à mon avis concerne tous les enfants. On peux consulter sur youtube. Mais la théorie date du début du siècle apparemment.
    Plusieurs médecins proposent cet accompagnement tout particulier.
    Ce qui devrait être remis en place dès l’école maternelle est le pupitre, ensuite il y a une paire de semelles et des lunettes à prismes. Je penses que c’est ce qui à évité à mon fils d’être mis dans la case des hyperactifs, mais il n’arrive toujours pas à se concentrer longtemps.
    L’hyperactivite est souvent reléguée à la nouveauté et donc liée aux écrans.
    Mais de nombreuses personnes me font la juste réflexion que les cancres agitateurs d’antan doivent avoir des similitudes avec nos enfants hyperactifs.
    Mon père s’est fait renvoyé plusieurs fois d’école jusqu’à ce qu’il soit pris en apprentissage, il a une vie très calme, même s’il bougonne souvent !!
    Je ne fais pas l’apologie des écrans, je me trouve face à un dilemme, écran or not écran sachant que nos enfants sont évalués sur les connaissances dans ce domaine des la primaire !!
    Ma fille de 17 ans qui est sur les écrans plus souvent ne connais pas l’utilisation réelle d’un ordinateur !
    Et ne decanille pas !
    Elle croit se concentrer mais non, d’après son suivit, elle a besoin de musique pour pouvoir se concentrer. Ou de Silence.
    Pas facile en cours!
    Impatiente de voir d’autres commentaires…

  3. Pioupinette sur 18 décembre 2019 à 21 h 05 min

    Bonjour , pour nous pas de télévision ( je suis allergique) et pas de portables pour les enfants ( 4ème à petite section ) de ni tablettes . Dessin animé que le samedi et pendant les vacances aussi . Quelques jeux rapides sur ordi . Et surtout je constate que les 4 ont une grande faim de livres ( on en traine des kg de la bibliothèque toute les sem ) est ce que limiter les écrans poussent vers les livres ?

  4. Pioupinette sur 18 décembre 2019 à 21 h 06 min

    Ah oui et je constate qu’ils sont toujours très pénibles après une séance d’ecran Vous aussi ?

  5. Lucio Cinquecento sur 11 mars 2020 à 21 h 27 min

    Le collège de mon fils, contrairement aux autres, autorise l’usage des portables au sein l’établissement. Ce collège aurait obtenu une dérogation de l’académie car il accueille des enfants précoces dans chaque classe. La directrice du collège affirme que l’usage des portables en récréation est bénéfique pour ces enfants précoces.
    Personnellement, mon fils de 12 ans n’a pas de portable et aucun accès aux écrans à la maison sauf pour la tv de façon modérée.
    Je voulais savoir si ce que dit la directrice est justifié, que les portables aident ces enfants précoces.
    Le bon sens me dit que non, que ces enfants ont besoin d’un maximum d’interactions avec leurs camarades, mais je dois dire que je n’y connais rien.
    Merci pour vos contributions.

    • Françoise sur 12 mars 2020 à 14 h 15 min

      Bonjour,

      A mon avis c’est une question d’usage et de temps d’utilisation.
      Certains sauront l’utiliser raisonnablement en terme de temps passé et s’en servir de façon constructive et non comme simples consommateurs d’images.
      Il est vrai que bien utilisés, les ordinateurs, portables.. sont source d’enrichissement et de découvertes, mais il reste la question de la limite. Et en outre, une fois que les habitudes sont prises, il devient difficile de s’en passer…
      Je partage votre sentiment globalement et surtout pour la récréation, il peut y avoir d’autres moyens de communiquer.

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