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Psy, coach, pourquoi consulter aujourd’hui ?

La Radio Télévision Suisse a récemment diffusé une émission sur les psychologues et la popularisation des consultations pour les enfants. Avec Jérôme Zimmermann, chroniqueur, et Julie Baumer, psychologue et fondatrice du cabinet PSY KIDS à Fribourg, découvrez les raisons de ce phénomène.

Cabinet Jeanne d'Arc

Le tabou autrefois très fort qui entourait le fait d’emmener son enfant chez le psychologue est aujourd’hui totalement dépassé. Pour certains parents, consulter à un moment ou un autre serait même devenu incontournable, une sorte de passage obligé pour obtenir son brevet de « bon parent ». Outre les difficultés bien réelles qui représentent le principal motif de prise de rendez-vous, d’autres raisons plus actuelles sont apparues : besoin de coaching familial, addictions aux jeux vidéos…

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Est-ce que vous constatez cette demande croissante des parents, toujours plus nombreux à pousser la porte de votre cabinet ?

Oui. Ce n’est pas quelque chose que l’on observe vraiment sur cinq ans, mais on le constate d’avantage si on compare avec la situation il y a vingt ou trente ans. On voit qu’à l’époque il était assez rare de consulter et pour des situations en général assez graves, alors qu’ils viennent maintenant pour toutes sortes de petits problèmes comme un enfant qui ne veut pas dormir dans son lit ou enlever ses couches ; il y a vraiment tout un panel très large de possibilités, beaucoup plus qu’auparavant.

Et des parents qui viennent d’eux-mêmes, c’est ça aussi le changement ?

Oui, aussi, tout à fait. Je travaille en cabinet privé, donc j’ai uniquement des parents qui viennent d’eux-même. Parfois sur conseil de la maîtresse ou du pédiatre, Mais ce sont vraiment les parents qui font la démarche de venir, et ils sont très nombreux.

Des parents qui viennent spontanément chez le psychologue, qui en parlent librement, telle est la situation aujourd’hui en 2019. Mais ça n’a pas toujours été le cas, loin de là, n’est-ce pas Jérôme !

Longtemps le fait d’aller voir un psy pour son enfant était tabou, on n’en parlait pas.

Julie Baumer, qu’est-ce qui, au fond, a brisé le tabou, a banalisé la consultation chez le psychologue pour enfants ?

Ce sont des changements sociétaux qui se sont faits de façons progressive. Avant nous étions dans une société ou tout était plus linéaire au niveau de l’éducation des enfants. C’était beaucoup plus prédéfini, beaucoup plus rigide, d’une certaine façon. Maintenant les parents ont une liberté beaucoup plus importante dans l’éducation. On est plus à l’écoute des enfants, et il y a plus d’ouverture, qui risque cependant de créer de l’anxiété ou de l’incertitude, par rapport à une époque où il y avait un modèle pré-établi à suivre sans se poser de questions.

Vous nous parlez de changements de modèle éducatif, est-ce que l’image du psy a changé pour le grand public ? On connaît mieux ce métier, est-ce que les psychologues sont mieux formés à l’enfance et à l’adolescence ?

La formation a vraiment beaucoup évolué. Dans le fond, la psychologie est une science assez récente par rapport à d’autres domaines. Mais nous avons une formation qui a beaucoup évolué. Par le passé on avait souvent l’image de l’enfant comme étant un adulte en miniature, avant de se rendre compte que ce n’était pas du tout le cas. Et ça a eu énormément d’influence sur tout cet aspect du développement de l’enfant, autant au niveau intellectuel qu’émotionnel. On sait aujourd’hui que différents choses peuvent se passer et influencer le développement de l’enfant qui sont importantes à prendre en considération.

Est-ce que malgré tout il y a encore des préjugés autour de la consultation pour un enfant ? Certains parents qui rentrent avec une certaine gêne, la tête baissée dans votre cabinet ?

Ca peut arriver, mais ce qu’il faut préciser aussi, c’est que les métiers de la psychologie sont très vastes. On y trouve tous types de situations, par exemple les rendez-vous dans un cadre thérapeutique, qui peuvent créer des réactions au niveau de la famille, mais aussi des situations dans le cadre scolaire où les familles ne sont généralement pas gênées.

Voyons avec Jérôme quelles sont les principales motivations qui poussent aujourd’hui les parents à envoyer leur enfant chez un thérapeute.

Alors je n’ai pas la prétention de faire une liste exhaustive, mais il y a effectivement de plus en plus de facteurs. L’école reste en général l’un des premiers motifs de consultation ; c’est un endroit ou l’on constate rapidement quand un enfant sort de la norme : agitation en classe, problèmes d’apprentissage, de concentration, d’acquisition, conflits avec des camarades, refus de se soumettre aux règles et , dans certains cas, développement d’une phobie scolaire. L’école reste le carrefour où pas mal de situations problématiques peuvent émerger avec des diagnostics en vogue au gré des saisons. On parlait beaucoup d’enfants hyperactifs, et plus tard d’enfants à haut potentiel. maintenant c’est l’hypersensibilité qui semble être le terme en vogue. Les troubles du sommeil ou alimentaires sont aussi des motifs récurrents, surtout à des âges ou l’image, la popularité, la construction de la confiance en soi sont des éléments très importants.

Et puis il y a aussi des cas de dépression.

Les parents parleront plutôt de « blues », « tristesse », ou « spleen », car le mot « dépression » est lourd de sens dans une phase de la vie ou l’enfant devrait incarner insouciance et joie de vivre. C’est un motif de consultation qui peut résulter de facteurs familiaux, mais aussi du harcèlement ou même d’un chagrin amoureux. Autre facteur, la peur, les phobies qui vous rongent et peuvent devenir handicapantes et pousser les parents à conduire leurs enfants chez un thérapeute.

Et y’a-t-il des raison plus actuelles de consulter ?

De nouvelles pathologies qui découlent de notre société d’hyper-connectivité, d’hyper-communication et de dépendances en tous genres en particulier technologiques, et ça se concrétise avec les addictions aux écrans, aux jeux vidéos, aux réseaux sociaux, smartphones, tablettes… Et ça prend une telle ampleur que la ville de Lausanne, par exemple, offre des consultations gratuites chez le psy pour les enfants accros aux écrans.

Julie Baumer, cet inventaire des raisons de consulter reflète-t-il la réalité de votre cabinet ?

Tout à fait. Mais il ne faut pas penser non plus qu’il n’y avait aucun problème avant. On peut dire aussi qu’aujourd’hui les problèmes s’expriment plus, car les enfants montrent plus lorsque quelque chose ne va pas. On aurait tendance à penser que si un enfant ne montre pas de symptômes particuliers, il va bien. Mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, lorsqu’on fait un bilan avec l’enfant, on voit qu’un enfant très sage et pour qui tout va bien en apparence peut se révéler très fragile et avoir de véritables problèmes de développement. A l’inverse, certains enfants montrent des signes de troubles assez forts mais sont en fait moins fragiles que des enfants qui n’en montrent pas. C’est dû au fait que dans notre société, les enfants expriment plus facilement un mal-être que par le passé, où l’on était plus réservé.

Donc à vous entendre il faudrait que les parents s’inquiètent même quand tout va bien, quand il n’y a pas forcément de symptômes, ça peut cacher quelque chose ?

Oui, mais ça ne vient tout de même pas de nulle part. Je pense à des situations où j’ai des parents qui viennent et qui ont, par exemple, beaucoup de conflits, de disputes entre eux. Leur enfants a l’air d’aller bien, mais peut-être a-t-il quand même quelques difficultés d’apprentissage ou des petites choses comme ça qui apparaissent, et l’enseignant recommande un bilan. A l’origine les parents viennent plutôt pour des difficultés d’ordre cognitif, mais on se rend compte dans la partie émotionnelle du bilan que l’enfant est fragile, qu’il y a de très grosses problématique familiales qui ressortent. Et la plupart des enfants le montrent très peu. Cependant il ne faut pas non plus aller vers une forme de panique. Il y a aussi des parents qui sont l’extrême inverse, dont l’enfant va bien à priori, et qui veulent s’assurer qu’ils font bien les choses? Ça peut sembler exagéré, mais ce qui importe, c’est aussi la réaction du psychologue qui accueille cette demande et réagit de façon adaptée. Il est clair qu’on ne va pas mettre en place tout un suivi pour un enfant qui va bien, comme vous le disiez dans votre exemple de l’enfant qui ne peut pas jouer au foot parce qu’il doit aller chez le psy. on fera peut-être un bilan sur quelques séances, mais pas un long suivi.

Vous évoquiez ces parents qui s’inquiètent parfois à tort d’nn certain malaise de leur enfant, qui consultent un peu trop vite. C’est un peu ce qu’on appelle les « parents-hélicoptères », concept qui nous vient des Etats-Unis, une formule qui traduit que les parents sont en permanence en train de survoler leur enfant ? Jérôme ?

On les appelle aussi les parents-drones d’ailleurs. Ils ont une volonté de les protéger, une envie de bien faire, peut-être de ne pas se faire accuser d’être de mauvais parents. Mais en raison de cette attention permanente portée sur leurs enfants, ces fameux parents-hélicoptères sont vraiment accusés de tous les maux, selon quelques articles sur lesquels je suis tombé. Dans un premier temps ces parents étaient pointés du doigt pour « transformer leurs enfants en personnalités immatures, à tendance dépressive », c’est déjà assez dur à entendre, mais la critique s’est encore durcie puisqu’on les soupçonne carrément de faillir à leur devoir parental. Une étude menée par des professeurs de la Brigham Young University montre que comme les parents-hélicoptères se sur-impliquent en intervenant dans chaque conflit, en résolvant tous leurs soucis, en prenant des décisions importantes à la place de leurs enfants, il en résulte une faillite pour les rendre autonomes, et donc un terrain fertile aux dépressions et à la prise d’antidépresseurs.

Julie Baumer, est-ce que vous voyez ce genre de parents dans votre cabinet, et si oui que leur dites-vous ?

On a aussi ce genre de situations, même s’il ne faut pas non plus dramatiser. Il ne s’agit que d’une minorité sur la totalité des cas. Ce qu’il faut comprendre, c’est que pour se développer, un enfant a besoin d’avoir de la liberté pour faire ses expériences, faire ses essais et ses erreurs, avoir la possibilité de prendre lui-même des décisions, de développer l’autonomie et la responsabilité. Le problème de parents qui sont, disons surprotecteurs mais sous l’angle du contrôle, le développement de l’enfant est bloqué, et tout ce qui va avec l’autonomie, la confiance en soi. Ces enfants deviennent des adultes qui ont des problèmes d’anxiété et de dépression.

Quelle ligne rouge tracez-vous au sujet des limites de séances pour une enfant ? Est-ce que vous devez parfois dire à des parents « Non, il n’y a pas besoin d’entamer un suivi, il n’est pas nécessaire d’envisager une thérapie » ?

Oui, mais je pense qu’il y a un aspect qu’il est important de préciser : on dit « psychologue pour enfants », mais le psychologue travaille aussi énormément avec les parents, et dans certaines situations on voit beaucoup l’enfant et un peu les parents, et inversement dans d’autres cas. Mais dans une situation où l’on a un contrôle des parents sur l’enfant, il est important de travailler beaucoup avec les parents.

Parmi les motifs qui poussent à consulter, il y a aussi de plus en plus de demandes en « coaching familial » Jérôme.

On retrouve là une terminologie consacrée normalement au sport pour l’appliquer en famille, Ça peut se décliner autant pour les futurs parents que pour les étapes-clés comme le passage de l’adolescence. Ça ne vous étonnera pas d’apprendre que ce « coaching » pour les parents, les familles ou directement pour les jeunes est un concept encore une fois tout droit venu des Etats-Unis. Et d’ailleurs nous y sommes pas mal exposés : certaines émissions télévisées surfent allègrement depuis quelques années sur ce concept de coaching, par exemple Super Nanny qui vient distiller des principes éducatifs à des familles au bord de la crise de nerfs parce que les enfants font la loi. D’autres où l’on envoie des jeunes dans des pensionnats stricts ou en caserne militaire pour leur inculquer les principes de base : respect des règles, respect des limites… En général la recette semble simple à la télévision, mais en pratique c’est une autre histoire. Voilà sans doute pourquoi cette généralisation du coaching se répand comme une traînée de poudre. Et les villes s’y mettent aussi, comme Genève qui a mis en place un service de coaching éducatif pour les parents en difficulté.

Julie Baumer, vous pratiquez le coaching en tant que psychologue professionnelle dans votre cabinet, en quoi ça consiste, et que viennent chercher les familles qui veulent du coaching ?

Déjà, en premier lieu, il y a une différenciation à faire. Il est vrai que n’importe qui peut se dire coach. Il n’y a aucune réglementation à ce sujet. Psychologue, par contre, nécessite une formation, c’est un titre protégé.

Ce coaching, ce n’est pas de la thérapie, c’est différent, ce n’est pas du conseil non plus ?

C’est différent ; avec le coaching, on aide les parents à trouver des solutions par eux-mêmes. Dans le coaching, si vous montrez aux parents leurs contradictions, leurs incohérences, ils comprennent, réagissent et changent les choses. Il y a vraiment une prise de conscience. Alors que dans la thérapie, vous montrez aux parents des problèmes mais ça bloque, parce que ce problème est beaucoup plus loin dans des aspects plus émotionnels, des choses qui sont liées à leur vécu… C’est vraiment une dynamique très différente. Et il est vrai aussi qu’aujourd’hui, dans les situations qu’on rencontre en psychologie, toutes ne relèvent pas de la thérapie. C’est vraiment vaste et on aurait tort de trop pathologiser, de mettre des thérapies partout. Parfois un bon conseil ou un bon coaching peuvent suffire à débloquer les choses.

Et c’est clairement une demande croissante, notamment dans votre cabinet.

Oui, tout à fait.

Du coup, est-ce que vous endossez aussi le rôle de « troisième parent » dans ce coaching ?

Pas du tout, parce que le psychologue n’est pas un parent. On ne pourra jamais remplacer les parents de l’enfant, et c’est important de le dire. Parfois quand un enfant va mal, les parents aimeraient qu’il fasse un suivi et aille chez la psychologue ; mais ce n’est pas en disant « je pose mon enfant chez la psychologue, elle fera le travail à ma place » que cela marchera. Le coaching c’est vraiment un soutien aux parents, pour les aider à réfléchir sur comment les choses se passent dans la famille, avec l’enfant, comment ils peuvent le soutenir, quels sont les défis qui se présentent. Mais ils doivent faire le chemin eux-mêmes. Ce sont eux les parents, pas le psychologue.

L’existence d’offres comme du coaching ou d’autres services thérapeutiques n’incite-t-elle pas les parents à être des parents parfaits, est-ce qu’ils ne se rajoutent pas une pression pour essayer de faire absolument tout juste ?

C’est vrai aussi, mais il faut le relativiser. Un parent ne pourra jamais faire tout juste, et le parent qui se met en tête de faire tout juste fait déjà faux. Il y avait un psychiatre assez connu qui disait que les parents doivent être « suffisamment bons », mais pas parfaits. C’est même parfois négatif ; avec des parents trop parfaits, l’enfant est confronté à quelque chose qui lui semble inatteignable.

Pour conclure Julie Baumer, on a parlé de la banalisation, de la généralisation de la consultation des psychologues pour enfants ; selon vous, est-ce un phénomène durable ou juste un effet de mode ?

Je pense que c’est un phénomène durable, et que ça va encore s’accentuer. C’est vraiment lié à des changements dans la société, accompagnés d’une prise de conscience. Même si on prend le cas des difficultés scolaires : par le passé, un enfant était soit bon, soit moyen, soit mauvais, mais on ne se posait pas plus de questions. Maintenant, quand un enfant a des difficultés à apprendre, on y fait beaucoup plus attention. C’est peut-être un enfant très intelligent qui a des troubles d’apprentissage ou une dyslexie par exemple. Pareil au niveau émotionnel : il y avait à l’époque les enfants facile à éduquer, les enfants difficiles pour qui il fallait être un peu sévère pour que ça rentre dans l’ordre. On cherche à présent à comprendre ce qu’il se passe chez l’enfant. Ce qui est aussi un reflet de notre société, ce besoin de comprendre, d’analyser, de s’intéresser à la complexité. Et c’est quelque chose qui va encore augmenter, notre monde se complexifie de plus en plus.

Retrouvez aussi l’émission sur le site de Radio Télévision Suisse

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