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Neurosciences et éducation, une chance pour les enfants à haut potentiel ?

Les progrès de la science nous poussent à reconsidérer la façon d'enseigner à l'école et la manière dont les enfants apprennent. Cela ouvre des perspectives nouvelles qui seront bénéfiques pour les enfants surdoués. Petit tour d'horizon.

Enfants heureux à l'école

Stanislas Dehaene, neuroscientifique et membre du conseil scientifique de l’Education Nationale, était récemment interrogé sur France Inter afin de faire un état des lieux après la difficile période de Covid.

Mon propos n’est pas de résumer son interview que vous pourrez réécouter sur le site de France Inter. J’ai par contre relevé au fil de la discussion quelques points qui me semblent importants et qui pourraient être des axes de réflexion ou d’amélioration , que je reprends en citations, afin de les analyser plus particulièrement sous le filtre des besoins des enfants à haut potentiel.

Des manques qui pourraient expliquer pourquoi certains enfants à haut potentiel ne se sentent pas bien en milieu scolaire

Stanislas Dehaene évoque le “grand enthousiasme des enfants à retourner à l’école après une période comme celle-ci…”

En effet, une majorité d’enfants aime aller à l’école et attend impatiemment la fin des vacances scolaires pour retrouver les amis, les activités, un cadre… Ils s’ennuient plus à la maison qu’à l’école et si on leur demande de choisir, ils préféreront pour la plupart l’école. Or il arrive, pour certains, que l’école n’ait pas cette image de lieu d’épanouissement. Dès lors, il convient de s’interroger. En cas de haut potentiel, surtout chez les jeunes enfants, certains vivent un ennui qu’ils ne peuvent expliquer par des mots car il convient de faire la différence entre être occupé (ils le sont toujours) et trouver de la satisfaction dans les activités proposées. C’est par rapport à ce point que les enfants à haut potentiel pourront avoir des réactions à interpréter avec les bonnes clés : rêverie, absences, refus d’exécuter une tâche, agitation, bavardage, provocation…

On a une école qui n’apprend pas suffisamment les soft skills, c’est à dire tout ce qui concerne la confiance en soi, la capacité de donner une image de soi positive face à l’apprentissage.

En effet, j’ai l’impression qu’un poids énorme est mis sur les épaules des enfants très tôt, en scrutant à la loupe toute une série de capacités dès le plus jeune âge. Un rythme standard leur est imposé plutôt que de considérer une évolution sur une période plus ou moins longue, propre à chacun. A l’inverse, on doute facilement des capacités de ceux qui semblent avoir besoin d’avancer différemment et leurs facultés d’adaptation sont fréquemment remises en question, sans même prendre le risque d’essayer. Et si nous leur faisions un peu confiance sans les juger trop vite ?

Un autre point qui selon moi est important pour la confiance en soi est le message que l’école fait passer quant aux capacités d’apprentissage. L’un de mes enfants a eu une enseignante (formidable par ailleurs) qui considérait que rien n’était jamais acquis et évaluait malgré tout les enfants, sur 2 critères au lieu de 4. En bref, ils étaient tous moyens. Ainsi mon fils qui avait de très bons résultats en maths et suivait le cours de 2 classes au dessus, s’est vu dire dans le bulletin : excellents résultats (d’accord), en voie d’acquisition (ah bon ?).

Dans le même ordre d’idée, sauf en cas de difficultés, je pense qu’il faut admettre que les enfants progressent et sont capables d’aller de l’avant, à un rythme qui peut varier de la norme. Le fait de revenir plusieurs années durant sur des notions censées être sues, les répétitions trop nombreuses portant sur des bases ont, pour les enfants à haut potentiel, en plus de la lassitude vécue, pour effet de les mettre en insécurité et de les faire douter d’eux-mêmes.

Nous sommes les derniers en maths de l’Union européenne, nous avons une baisse continue des capacités de calcul des enfants depuis 30 ans. Il ne faudrait pas croire qu’on garde les meilleurs au même niveau qu’avant, toute la distribution a glissé vers le bas.

Une baisse de niveau constatée et par conséquent une baisse des exigences, qui rejoint un peu l’idée précédente que la progression est trop lente pour certains. C’est certainement une donnée qui expliquerait non pas qu’il y ait plus d’enfants à haut potentiel qu’avant mais qu’on les remarque plus car ils manifestent de différentes façons de l’insatisfaction sur le plan du rythme des apprentissages.

Un dernier point prête à réflexion : celui de la méthodologie. À un certain stade de leur scolarité, nous constatons que beaucoup d’élèves à haut potentiel ont du mal à respecter cette fameuse méthodologie qu’ils ne comprennent pas. Peut être que celle-ci a pris une place trop importante au détriment du sens qui est moins bien expliqué. Je me souviens avoir cherché dans différents supports (livres, vidéos) comment expliquer les vecteurs à l’un de mes enfants : toutes les explications trouvées abordaient la technique, mais à aucun moment nous n’avons pu lire ou entendre à quoi cela servait et quelle était la finalité des exercices proposés.

Il y a un travail fondamental à faire sur la compréhension , on apprend à nouveau de façon superficielle.

Stanislas Dehaene

Des points positifs, pistes d’amélioration

L’important c’est d’y aller à fond, d’avoir une bonne formation qui inclut les fondamentaux.

À fond, voilà une notion cruciale : les enfants à haut potentiel sont des enfants qui se passionnent pour des sujets divers et variés et ont besoin de les explorer jusqu’au bout de leur capacités. Le fait de devoir remettre à plus tard un point de compréhension qui les titille est extrêmement frustrant pour eux. Ils appréhendent les sujets de façon globale et non pas morceau par morceau.

Stanislas Dehaene a émis l’idée d’un “Netflix” de l’éducation, sorte de base centralisée de ressources pour les enseignants et élèves dans lesquels ils pourraient choisir des problèmes stimulants. Il dit “pour le cerveau apprendre c’est 7 jours sur 7”. En effet, il ne faut pas non plus se reposer uniquement sur l’école, chaque occasion de faire travailler la tête et nourrir la curiosité des enfants à haut potentiel est bonne à saisir. L’idée de ressources centralisées qui donneraient une certaine autonomie de rythme et permettrait de nourrir la curiosité des enfants à haut potentiel est à retenir !

Une autre piste positive qui nous donne du souffle et permet dans une certaine mesure de dédramatiser la perméabilité face aux apprentissages classiques est celle du jeu.

À titre d’exemple sont cités les enfants finlandais qui, entre 3 et 7 ans, ne font que jouer à l’école, les apprentissages formels étant enseignés après. L’approche des pays nordiques est différente dans le sens où elle met l’accent sur l’apprentissage par le jeu (et l’expérimentation, plus proche de la pédagogie Montessori). Stanislas Dehaene évoque la perte d’un certain savoir-faire et le manque d’interactivité dans les apprentissages dits classiques.

On a perdu le sens du jeu, or le jeu est extrêmement important pour le développement des mathématiques.

Nous avons la chance de disposer aujourd’hui d’une grande variété de jeux éducatifs, jeux de société, cahiers de découvertes, de défis, livres-jeux… qui plaisent beaucoup à nos enfants. Ceux-ci sont d’ailleurs d’une grande utilité lorsqu’il y a de forts soupçons de haut potentiel : les enfants font preuve de beaucoup de capacités de mémorisation s’agissant de jeux de mémoire, des règles du jeu en général, d’inventivité aussi en détournant les règles à leur façon, sont capables de jouer avec stratégie à des jeux dépassant souvent largement la tranche d’âge préconisée, sont attirés par les casse-têtes, défis, jeux de logique etc…

Là aussi en général ils se trouvent en décalage par rapport à leurs pairs dans leurs capacités à comprendre et dans leurs choix. Ils aiment la stratégie et la complexité qui effectivement sollicitent leurs facultés d’apprentissage, de réflexion, de concentration, d’organisation, de planification et les stimulent.

Jouer, un bon réflexe à reprendre pour satisfaire les besoins de nos enfants. Le jeu est aussi à envisager comme une soupape de sécurité pour ceux qui ont besoin de décharger une énergie inutilisée ou insuffisamment dépensée dans la journée. On se tourne plus naturellement vers la dépense physique, or les enfants à haut potentiel ont aussi besoin de se défouler sur le plan mental, et à ce titre le jeu, sous toutes ses formes, a sa place.

Pour les enfants qui n’ont pas de partenaire, le jeu sur écran peut être conseillé et comme le précise Stanislas Dehaene, tout n’est pas mauvais dans les écrans, il faut considérer leur usage. Attention toutefois à la facilité que représente l’écran, les enfants y sont très sensibles, très demandeurs dès le plus jeune âge, et les parents il faut bien le dire soulagés de voir leurs enfants occupés. Or il est dit que, surtout chez le jeune enfant, le dialogue est très utile, qu’il est nécessaire de leur parler le plus tôt possible. Il ne faudrait pas que l’écran se substitue aux échanges, aux interactions personnelles nécessaires au bon développement de l’enfant pour tous les actes de sa vie quotidienne.

Jouons plus avec nos enfants, ils risqueraient de nous surprendre !

En conclusion, je dirais qu’apprendre c’est découvrir une activité qui a du sens, avec d’autres, de différentes manières, à tout moment. Dans le cas où les apprentissages scolaires ne comblent pas nos enfants, tentons de trouver des alternatives par ailleurs, à d’autres moments, avec d’autres personnes, pour compenser le manque.

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