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Haut potentiel et hyper “réceptivité”

Une jeune lycéenne, à haut potentiel et hyper-sensible, nous explique combien il est complexe pour elle de tout vivre très, voire trop intensément.

Le papillonnage chez les enfants et adultes surdoués

Nous avions publié en 2020 une vidéo tirée de l’émission “la Maison des Maternelles” intitulée “tous les enfants à haut potentiel sont hautement sensibles”.

Cette haute sensibilité, que Saverio Tomasella explique fort bien dans tous ses écrits et à laquelle il tente de redonner une connotation positive, pourrait être décrite, lorsqu’elle est associée au haut potentiel, comme une forme d’hyper-réceptivité globale. Il existe une forte probabilité pour les personnes à haut potentiel de vivre avec cette sorte de réactivité, très intense, qui se manifeste à travers tous les sens et s’accompagne d’émotions fortes, parfois trop fortes. Comme pour le haut potentiel, les décalages engendrés par ce rapport au monde et à soi, de surcroît lorsqu’ils se cumulent, méritent d’être intégrés par les personnes concernées afin que les impacts de cette haute sensibilité restent vivables.

Une jeune lycéenne de terminale vient de rédiger, à la suite de cette vidéo, un long témoignage, très explicite, que nous vous proposons aujourd’hui afin de mieux comprendre ce qui se joue dans la tête (ou le cœur) des personnes dites hypersensibles.

Témoignage d’une jeune lycéenne hautement sensible

J’ai dix-sept ans et ai été diagnostiquée précoce en CM2, j’ignorais alors que cette précocité s’accompagnait souvent d’hypersensibilité.

J’ai lu les articles et les posts avec beaucoup d’émotion parce que je m’y reconnais énormément : mes émotions sont intenses, dures à gérer notamment au niveau de la colère, tout m’est pénible, les grands bruits (ou le bruit en permanence), la lumière, les odeurs (la cigarette notamment, je bloque ma respiration sans même y penser quand je vois un fumeur), les conversations superficielles (je n’ai jamais compris les enfants de mon âge, leurs centres d’intérêts comme la vie d’un chanteur ou de leur chat… franchement c’est l’ennui mortel pour moi, j’ai toujours préféré les discussions des adultes, aux repas de famille je ne comprenais pas pourquoi je devais être à la table des enfants). Je ne sale jamais mes plats (même si j’aime l’épicé) et les concerts sont un véritable enfer pour moi, même si j’aime le concept (l’excitation, l’adrénaline… je suis adepte des sensations fortes, peut-être que vous trouvez ça étrange mais une fois que j’ai fait l’effort de me déplacer jusqu’au parc d’attraction, autant faire la grande roue non ?) le bruit, les lumières vives et l’atmosphère confinée m’oppressent jusqu’à la crise de panique. Le concert c’est bien, mais à cinq cents mètres de la scène minimum…

Les crises parlons-en… Jusqu’au début du collège, quand je rentrais le soir j’étais dans un état pas possible, je me mettais dans une colère noire pour un rien, je finissais tous les soirs en pleurs dans ma chambre. Étant précoce, mes camarades de classe m’ont très tôt catégorisée “première de la classe” parce qu’en CP je savais lire, écrire, compter, ce qu’était un adverbe et faire des additions et soustractions (je m’ennuyais en maternelle donc j’avais demandé à ma mère de m’apprendre d’autres choses). D’ailleurs, j’ai toujours été très curieuse de nature, l’école pour moi est avant tout un lieu d’apprentissage et je me suis toujours concentrée sur cette dimension pour ne pas me sentir oppressée par la pression que m’avaient imposée mes camarades en primaire et la compétitivité qui en résultait.
Sinon pendant les “crises” de colère (que je connais toujours aujourd’hui malgré mes efforts) je suis parfaitement consciente que ma réaction est disproportionnée, que ça ne sert à rien de hurler et que je vais le regretter deux heures après, pourtant je ne peux pas m’en empêcher, surtout que cela engendre un mal-être permanent que j’ai besoin d’extérioriser. Dans ces moments-là je suis parfaitement incontrôlable, j’arrive tout juste à ne pas franchir la ligne que je me suis imposée (les mots qui blessent vraiment: je ne t’aime pas, va mourir et autres…). Mes parents ne m’ont pas du tout aidée, il y a un article de ce site qui parle du cadre qu’il faut poser en prenant l’exemple d’une maman qui cède face à sa fille qui ne veut pas qu’elle la coiffe, pourtant elle n’aurait pas dû céder; c’est exactement ça, je pousse toujours les gens dans leurs retranchements pour savoir qui ils sont et quelles attentes je peux placer en eux. Cela engendre beaucoup, beaucoup d’incompréhensions, de déceptions et de sentiments de trahison ; j’ai toujours l’impression d’être en décalage avec les autres.
Quant à l’analyse et l’introspection, encore une fois c’est tout à fait ça, je passe des heures et des heures à analyser chaque détail, chaque posture, chaque inflexion de la voix ; je déteste les avis tranchés, je vois toujours les multiples facettes de chaque situation. C’est également pour cela qu’il y a un domaine dont j’ai toujours su que je n’y travaillerais pas, c’est le droit : la justice parfaite n’existe pas (tant dans la société que de façon absolue) et cela me cause la plus grande frustration, jamais je ne pourrais être juge ; quant à défendre quelqu’un dont je ne suis pas personnellement convaincue de l’innocence, n’y pensons même pas.

Comme je l’ai déjà dit, j’essaie de ne voir l’école que comme un moyen d’assouvir ma curiosité dans tous les domaines. Si je ne m’imagine pas faire de décrochage scolaire, je vois pourquoi l’hypersensibilité peut y conduire ; je n’ai pas subi de harcèlement à proprement parler, mais à cause de ma grande sensibilité, j’étais blessée par le comportement des autres alors même qu’eux ne pensaient que me taquiner, ce qui m’a conduite à la fameuse “carapace” qui me vaut toujours une réputation de fille froide, dure et insensible (ex: la mort d’une amie à une de mes amies lui a été annoncée en cours, elle était en larmes sur son bureau, toutes nos amies étaient autour d’elle; moi j’étais scotchée sur ma chaise, cette fille qui était comme une petite sœur pour moi, je ne pouvais même pas la regarder parce que je savais que sinon, j’allais fondre en larmes à mon tour). Un conseil que je peux donner parce que c’est ma situation est de développer un talent artistique ou sportif à côté; personnellement, j’écris d’aussi loin que je me souvienne. J’ai d’ailleurs retrouvé un journal intime de ma primaire dans lequel j’écris que “j’ai l’impression d’appartenir à une autre espèce”. C’est dire si mon sentiment de solitude et de décalage est vieux ! Mais l’écriture m’a vraiment permis de mieux me comprendre, de démêler mes sentiments, de mettre à plat mes analyses, et aussi de me donner une sorte d’objectif autre, où il n’y avait ni compétition ni pression. Également, ça m’a permis de “déplacer” mon perfectionnisme sur un autre milieu que l’école (l’une de mes amies est elle aussi hypersensible, elle veut faire tous ses devoirs en avance et comme il faut, si un prof donne un contrôle pour le lendemain en plus d’autres contrôles alors c’est la panique: son perfectionnisme est limite handicapant contrairement au mien même si ça a peut-être à voir avec nos personnalités bien sûr).

Je reviens donc sur cette notion de cadre sécurisant qui est très important parce que c’est un moyen de montrer l’étendue de son affection de la part des parents (et des amis aussi) : on sait ce qu’on peut attendre d’eux, on sait que nos sentiments sont réciproques… J’ai mis un moment avant de comprendre à quel point j’avais besoin des limites, surtout que j’ai tendance à faire de même avec mon entourage: étant incapable de mentir, quand ils me demandent, je n’hésite pas à dire aux autres si je les apprécie… ou pas (oui oui, je dis en face : non déso je t’aime pas). Du coup je détecte assez facilement les mensonges, les hypocrisies, les dissimulations (même si je ne sais pas forcément y réagir, notamment quand on me dit “ça va” et que je vois que c’est faux).
En espérant que ça en aidera quelques-uns, parents, frères et sœurs, amis ou premiers concernés,
Une lycéenne ^^

Se savoir hautement sensible est-il une force ?

J’ai posé la question à notre lycéenne. Voici sa réponse :

Bien se connaître est toujours une force, mais je dois avouer qu’au quotidien cela ne change pas grand-chose étant donné que je ressens tout de même les émotions plus profondément. À titre d’exemple, il m’arrive de savoir que la personne en face n’a pas eu l’intention de me blesser, mais peu importe l’intention, je ne peux pas m’empêcher de ressentir ce petit acte ou cette petite phrase comme une trahison.

Par contre, le fait de le savoir et de l’avoir dit à mes amis me permet d’en discuter avec eux, tandis qu’ils font des efforts, de communication notamment (inutile de me mentir, si tu n’as juste pas envie de sortir cette semaine dis-le tout simplement…).

Mais, au moins, je sais que ce n’est pas “juste moi”, que d’autres gens vivent la même chose et qu’il y a une raison à cela. Et c’est déjà beaucoup !


Quelle leçon tirer de ce témoignage ?

Le principal objectif de la prise de conscience de la haute sensibilité est à mon sens d’orienter la relation aux autres et l’image que l’on a de soi de façon positive. Ne pas se créer une image de soi dégradée parce que l’on sur-réagirait à des événements à l’apparence anodine pour notre entourage, comprendre qu’il existe une explication à cette réceptivité intense devrait nous aider à ne pas être affectés outre mesure ou trop négativement par ce que nous ressentons ou percevons intuitivement. Se questionner sur cette sensibilité forte pour l’accueillir sereinement, avec ses bons et moins bons côtés, devrait permettre à tout un chacun d’apaiser des tensions inutiles et de se créer, dans la mesure du possible, un environnement compatible avec sa personnalité. Cela veut dire s’autoriser à vivre son intensité aux côtés des autres en admettant de répondre différemment et plus profondément aux sollicitations environnementales diverses.

Certes cela nécessite un vrai travail de reconnaissance et d’acceptation, tout comme l’exprime notre lycéenne qui parvient à se soulager et s’accepter en se consacrant à l’écriture.

Nous souhaitons, comme toujours, que ce témoignage vous aide à comprendre ce que traversent vos enfants à haut potentiel et hautement sensibles, afin de les guider et les accompagner vers l’accomplissement d’eux-mêmes et la sérénité.

N’hésitez pas à témoigner et apporter vos éclairages à la suite de cet article !

3 commentaires

  1. Eva sur 21 septembre 2022 à 8 h 46 min

    Merci pour ce témoignage. Aujourdh’hui +40 ans. Ce que cette jeune fille décrit c’est ma vie. Ces crises de colères pour un rien, généralement à la maison, dans un environmment “sur”. En fait rarement pour un rien, surtout pour enfin pouvoir laisser sortir ces frustrations, tensions, … accumulées à essayer de répondre à la norme extérieure.
    Ces procastrinations perpetuelles à parfois ne pouvoir dormir. On apprend certe à vivre avec. Celà demande acceptation et travail sur soi. En lisant ces lignes j’espère juste réussir à faciliter ce passage à mes propres enfants.

  2. Anne sur 21 septembre 2022 à 21 h 23 min

    Bonjour et bravo à l’auteur de ce témoignage pour sa clarté, et cette belle mise en lumière des caractéristiques parfois si difficiles à expliquer des hypersensibles.
    L’incapacité à mentir donne parfois paradoxalement un besoin permanent de nuance, une préoccupation à ne pas trop trancher ( parce qu’on se sait fait d’un seul bloc et qu’on craint de heurter les autres) qui peut être perçu comme de l’hypocrisie.
    De même, les émotions extrêmement fortes mettent parfois l’entourage mal à l’aise, qui y verra par commodité de la sensiblerie; touts ces hauts et ces bas, c’est bien encombrant.
    Je me souviens d’avoir physiquement ressenti chaque douleur de mes 3 enfants, ce qui ne les aidait pas vraiment à aller mieux, mais on ne se refait pas. Avec le temps ils ont appris à ne pas tout me dire et à me chambrer gentiment là-dessus aussi, même s’ils sont tous trois de grands grands sensibles. Comme leur père.
    Mais alors, quelles conversations passionnantes et enflammées nous avons sur les artistes, les ressentis, les positions politiques, quel bonheur que cette effervescence partagée, comprise dans notre petit cercle! Quelle joie de pouvoir entre nous aller jusqu’au bout des nuances, des allusions, des métaphores.. et d’être compris! C’est aussi un vrai grand bonheur d’être hypersensible parce qu’on ressent tout extrêmement fort.. et que quand c’est partagé, c’est merveilleux.

  3. Marion B sur 27 septembre 2022 à 14 h 33 min

    Mon fils de 6 ans et demi a ces crises! Je les considère davantage comme des crises de “stress” (tensions accumulées la journée, à l’école souvent, trop de stimuli en tous genre, accueillis intensément) qui ressortent le soir. Effectivement ce stress s’apparente à de la colère. Mais selon certains spécialistes comme Isabelle Filliozat, ça n’est pas ça la colère (la colère est plus brève, orientée, définie). Ça c’est du stress qui s’exprime sous forme d’agressivité. De notre côté c’est envers le matériel (les coussins valsent dans la maison) et envers moi, sa maman. C’est extrêmement dur. On se sent seuls, on se sent LES seuls !! on se sent vidés, on se sent impuissants. Et ça dure … depuis ses 18 mois .. et c’est quotidien. C’est épuisant. Merci pour le témoignage

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