Re:Différences


Anonyme

Bonjour,

Je vous contacte pour dire que la souffrance, je connais moi aussi.
Je dois vivre avec elle, me taire, et la laisser faire. Je dois cohabiter avec elle, et rien n’est simple. Parfois, il m’arrive de pleurer dans mon lit, la nuit, étouffant mes sanglots intempestifs en enfouissant ma tête dans l’oreiller, pour que mes parents et ma sœur ne m’entendent pas.

Tout en étant bien entourée (je suis issue d’une famille aisée, sans -pratiquement- aucun souci, excepté le cancer de ma mère), je me sens toujours seule. A mes parents, ma famille et mes amis (plutôt simples camarades de classe), je montre un masque heureux, afin qu’ils ne inquiètent pas. Un masque, qui, sans qu’ils le sachent vraiment, n’a aucun point commun avec moi et qui ne sert qu’à cacher mon véritable moi. Quant aux enfants de mon âge, depuis la primaire, je tâche d’être « comme eux », m’efforçant de m’intéresser aux mêmes jeux, aux mêmes films, aux mêmes passe-temps, alors que tout nous oppose. Je le sens.

A vrai dire, moi qui méprise les menteurs, je ne fais que leur donner raison: mon existence même n’est qu’un immense mensonge. Je ne fais que mentir à mon entourage pour qu’il ne remarque rien, ne s’inquiète de rien. Je ne suis guère mieux qu’eux, au final.
J’ai toujours vécu seule.
En primaire, j’avais deux trois amis. J’ai fait énormément d’efforts, ces années-là, mais lorsqu’eux s’intéressaient à la « balle aux prisonniers » et au football, mes centres d’intérêt étaient les sciences, la lecture, et les questions sur l’avenir de la Terre, l’histoire de France, la préhistoire… Et puis, il n’y avait pas que les centres d’intérêt: nous étions également différents dans la façon de parler, la manière d’être et de penser. C’était vraiment dur, de cacher tout cela. Je vivais seule. Seule dans ma solitude. Seule avec ma différence. Ma souffrance.

Alors je me suis réfugiée dans les livres, les dévorant avec toujours plus d’avidité et de rapidité, et me suis passionnée pour les mythologies grecque, romaine et égyptienne. J’aimais être seule, car ainsi, je pouvais réfléchir, penser, et juger.

Comme leur manque de connaissances, d’intelligence et de maturité m’énervait, je n’épargnait aucune remarque sarcastique de ma part à mes camarades de classe lorsqu’ils posaient des questions que je trouvais profondément stupides et qui ralentissaient le cours. Je me dois aussi d’ajouter que j’adore me réfugier dans des groupes d’enfants plus âgés, voire même des adultes (ils ont, en général, plus d’idées et de concepts intéressants).

Voilà. Ça, c’était mon histoire de primaire, et au début du collège. Mais maintenant, je n’y arrive plus. Je m’efforce d’être comme eux, mais j’ai enfin compris que je ne le serais jamais. En effet, depuis la deuxième année de secondaire (5ème), je veux absolument devenir comme les autres, mais je n’y arrive pas. Et ça m’enrage, je me déteste de plus en plus. Je songe régulièrement à me suicider, afin de mettre fin à ce cauchemar. Et chaque jour un peu plus, je détruis ce que j’ai bâti jusque-là. Chaque jour un peu plus, je me détruis. Je ne veux pas en parler à mes parents, je suis sûre qu’ils ne comprendront pas. Je vis donc toute seule. Avec ma différence. Mes souffrances. Et je me détruis.

Je vous en prie, si vous savez comment m’aider, dites le moi.
Je m’ennuie perpétuellement. Je dois mettre en oeuvre des stratégies d’apprentissage que je n’ai pas acquises jusque-là, et je ne sais pas comment faire…
Parfois, certaines personnes me disent que je suis une ado très intelligente, et me demandent si je connais mon QI. Au fond, je n’ai jamais aimé les histoires de quotient intellectuel: l’intelligence a toujours été, selon moi, quelque chose de très indéfini, de tellement vaste qu’il est insensé et prétentieux de prétendre pouvoir la mesurer. Les gens qui se vantent d’avoir un QI bien plus haut que la moyenne me dégoûtent: ils ne sont pas responsables de leur intelligence et c’est absurde de se vanter d’une qualité innée.

J’en peux plus. Mettre fin à ma vie est la seule solution qu’il me vienne à l’esprit. J’ai besoin de parler à quelqu’un qui a déjà vécu cela…
S’il vous plaît, aidez-moi.
S’il vous plaît, sauvez-moi.

Juliette.

PS: Je n’ai pas précisé mon âge, afin que vous essayiez de le deviner. En fonction de votre réponse, je saurai si j’étonne réellement par le niveau de mes réflexions, et par « mon vocabulaire extrêmement varié » (phrase d’un de mes profs).