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Comment adapter l’école aux profils atypiques et aux enfants à haut potentiel ?

Dans son nouveau livre, Juliette Speranza nous propose une remise en question incisive, d'un système éducatif qui laisse trop souvent des enfants au bord de la route alors que des solutions existent.

10 idées simples pour bien accompagner les enfants précoces à l'école

A travers son livre, L’échec scolaire n’existe pas ! Une nouvelle chance pour votre enfant, Juliette Speranza fait sur un ton mordant le constat de l’incapacité de notre système éducatif à accueillir en son sein, en l’état actuel des choses, les profils dits “atypiques” qu’elle regroupe sous le vocable de “neurodiversité”.

Son analyse du système éducatif est implacable et risque fort de heurter quelques sensibilités au passage !

J’en ai fait une lecture à la fois globale et centrée sur le sujet du haut potentiel, qui nous concerne au premier chef…

La première critique de Juliette Speranza, que vous partagerez sans doute nombreux avec moi pour l’avoir constatée à travers les parcours scolaires de nos enfants, est l’organisation figée de la scolarité par classes d’âges, sans considération de capacités ou de potentiels, assortie d’un programme strict et très normé duquel il est difficile de s’éloigner sans heurts.

Voici quelques extraits assez éloquents sur ce point :

Chaque élève a le devoir de se conformer, de se borner aux normes de l’élève normal qui poursuit, lui, un cursus bien tracé. Il parlera à 3 ans, jouera avec ses camarades à 4 ans, saura lire à 6 ans, comprendra une leçon de science à 8 ans.

Ce dernier (l’élève) doit nécessairement répondre A ou B à une question, quelle qu’elle soit. En dehors de cela, il ne faut pas le suivre car il risquerait de vous entraîner dans les sphères du doute et de l’imprécision, voire de la confusion. J’ai notamment le souvenir d’avoir osé demander à un professeur ce qu’il se passerait, si, par malheur, l’élève ne répondait ni A ni B. Je me souviens de son ricanement satisfait, du regard complice qu’il adresse au reste de l’assemblée avant de lâcher : « Dans ce cas-là, soit il se fout de vous, soit il n’est pas normal ! »

Juliette décrit “un culte de la norme” qui va bien au delà de ce que nous pouvons imaginer et qui bien sûr est pénalisant pour tous les enfants qui ne s’inscrivent pas dans le cadre, hauts potentiels ou autres. Qui n’a jamais entendu de type d’observation ?

Cette obsession est telle que des parents d’enfants dits à haut potentiel se voient reprocher de trop les stimuler à la maison ; le corps enseignant allant parfois jusqu’à déplorer des lectures excessives, des jeux éducatifs, et surtout, l’erreur des familles de répondre aux interrogations congrues de l’enfant par des recherches, des achats d’ouvrages ou autre. Être trop compétent, trop rapide l’élève et surtout à l’équilibre de la classe.

Mais ce qui est intéressant dans ce phénomène n’est pas l’attitude des parents ou des jeunes, qui, dupés par une quête d’identité, un besoin de reconnaissance ou des biais cognitifs, s’assimileraient à tort à un profil atypique. La vraie question devrait être : pourquoi les individus – et surtout les enfants et leurs parents, puisqu’il est question d’éducation
dans ce livre – ressentent-ils la nécessité de revendiquer leurs particularités ? Et pourquoi certains enseignants incitent-ils de plus en plus au diagnostic ? La réponse est à mon sens évidente : cette tendance
n’est qu’un symptôme de l’échec de notre société, de notre école, à prendre en compte et à valoriser les diversités. L’anormalité n’est pas un désir individuel, elle est engendrée par le cadre scolaire.

II serait trop long et fastidieux d’évoquer tous les points, plus ou moins négatifs mais perfectibles, soulignés dans l’ouvrage de Juliette Speranza. Soulignons simplement ses principaux axes de réflexion à travers quelques extraits choisis :

Adapter l’environnement scolaire

C’est un préalable pour favoriser la concentration des élèves en fonction de leur réceptivité et de leurs capacités d’attention, variables selon le contexte :

Créer des classes spécifiques pour l’hyperacousie ? Assurément, non ! Mais la création d’espaces insonores dans un établissement où les élèves peuvent savourer le silence, ou une musique de relaxation par exemple, est indispensable, tout comme la mise à disposition de casques antibruit, afin de rendre l’environnement supportable et propice aux nouveaux projets. L’aménagement d’un espace de repos en accès libre semble le minimum que l’on puisse exiger. Et c’est valable pour tous les élèves. Ces espaces de silence ne seraient pas un luxe pour nos enfants qui subissent le vacarme toute la journée.

En Océanie, une place importante est accordée aux espaces ouverts. Dans ces nouvelles écoles, l’architecture offre plus de possibilités et les élèves ne sont pas cantonnés à un seul lieu selon leur classe d’âge. La coopération entre élèves de différents niveaux est ainsi possible, les compétences sont associées dans une visée commune.

La prise en compte réelle des fonctionnements cognitifs différents comme sources d’élargissement :

Les enfants en phase créative mobilisent ce qu’on nomme la pensée divergente, un système peu exploité en classe, qui permet, à partir d’une information, d’élaborer de multiples idées, qu’il s’agisse du domaine
du langage, de la science, des arts…

Parents, professionnels, associations et élèves doivent être conviés à présenter les différents profils cognitifs au corps enseignant afin que ceux-ci dépassent le stade de la crainte et de l’impuissance.
À ce jour, cette collaboration reste inexistante et les rares enseignants formés l’ont été sur leurs propres deniers et sur leur temps libre.

A travers son livre, Juliette Speranza offre un peu de réconfort aux parents dont les enfants dévient de la voie toute droite au risque de se confronter un jour ou l’autre à l’échec scolaire. Cette lecture peut en soulager quelques uns en allégeant le poids des inadaptations porté sur leurs épaules, car les responsabilités sont certainement partagées.

L’implication du parent est essentielle, et la fréquence des contacts entre la famille et l’école est décisive. C’est donc une équipe solide, soudée et
complice, qui doit collaborer. Les interactions ne peuvent se limiter à de brefs échanges ponctuels.

Parallèlement à cela, elle nous invite à une prise de conscience des contraintes et conditions de travail des enseignants qui, je n’en doute pas, suscitera de nombreuses réactions, positives ou non, et objections de part et d’autre.

Le temps d’apprentissage est étouffé sous des monticules de circulaires. Cette obsession des cases contamine les hautes sphères de l’institution et condamne les plus récalcitrants. Pour avoir été en difficulté avec ces documents, j’ai été maintes fois rappelée à l’ordre.

Les programmes sont avant tout un outil de contrôle de l’Éducation nationale sur l’enseignant et l’élève. Comme ils dictent les attendus précis de fin de cycle et des examens, ni les élèves ni les professeurs n’ont
le temps de se connaître et de faire un détour vers des connaissances qui pourraient les intéresser.

Voulons nous éduquer nos enfants de la sorte ? Y a t-il d’autres solutions à élaborer ?

L’enseignant libéré sera en mesure, s’il dispose du temps et de la possibilité d’observer ses élèves, de mettre à leur disposition le matériel et le soutien nécessaires. Comprendre leurs difficultés, s’adapter
à leurs rythmes, respecter leur curiosité naturelle et leur diversité mentale est possible avec un effectif raisonnable et de la confiance.

Devons nous prendre exemple sur d’autres modèles, plus souples, comme celui de la Finlande ?

En conclusion, je retiendrais cette phrase qui me semble essentielle et résume bien l’esprit du livre ainsi que celui des parents d’enfants atypiques qui ne “revendiquent” rien mais cherchent à trouver des explications et des ressources pour :

Valoriser le rôle et les forces de chacun : ce qui importe, c’est que l’enfant parte de ce qu’il est pour aller plus loin, et non de ce qu’il doit être.

Même si aujourd’hui le chemin est encore difficile et si certains se trouvent temporairement sur le bord de la route ou en situation d’échec, connaître son enfant, ses forces et ses faiblesses, pour l’accompagner au mieux et le valoriser, reste l’idée à laquelle se raccrocher.

Merci à Juliette Speranza pour sa note d’espoir vers un avenir scolaire, réalisable ou non selon ses idées, plus respectueux de toutes les individualités.

Comme d’habitude, faites-nous part de vos questions, commentaires et réflexions à la suite de cet article et n’hésitez pas à partager votre vision de l’école idéale pour tous les enfants.

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6 commentaires

  1. Raphaelle sur 21 septembre 2020 à 20 h 26 min

    Tout cela me parle tellement… mon fils, 5 ans, niveau scolaire ce2, mais qui est toujours en CPcar l’EN ne veut pas lui faire sauter de classe…Devoir tous les ans se battre avec les enseignants qui pensent qu’on croit que notre gosse est le meilleur a tort et qui finissent, au bout de 2 semaines, pas nous dire qu’on avait raison, evaluation scolaire a l’appui. Pour autant, rien ne change et tout se reproduit a l’identique… Et nous ne sommes qu’en CP…

    • Lisa sur 22 septembre 2020 à 20 h 43 min

      Comme je vous comprends… Nous avons vécu la même chose avec notre fille en classe de CP. Nous avons finalement opté pour une école montessori, car, là au moins, le rythme de l’enfant est respecté, mais cela nous coûte très cher.
      Il est vraiment très compliqué de parler du haut potentiel de son enfant sans que l’on vous colle l’étiquette du parent qui cherche à le survaloriser, ou encore celle du parent obsédé par le saut de classe.
      Bon courage à vous.

  2. Isa LISE sur 22 septembre 2020 à 5 h 55 min

    Merci pour cet intéressant partage qui rejoint mes propres réflexions.
    Concernant l’espace calme, il suffit, pour commencer, d’ouvrir la bibliothèque durant les récréations, notamment entre midi et deux. La règle y est en principe le silence ou, en tout cas les murmures. De plus, c’est un lieu qui attire de nombreux zèbres. Finalement une adaptation pas si compliquée à mettre en place…
    Bonne journée !

  3. Jessica sur 22 septembre 2020 à 20 h 44 min

    Bonjour,

    Chez nous 3 ans de galère en maternelle avec la même enseignante, qui n’arrivait pas a dépasser les préjugés, son cadre etc alors que c’est paradoxalement une bonne enseignante.

    Cette année mon fils est entré au CP dans une classe double niveau (CP CE1), le premier jour il était très stressé mais le soir il est ressorti avec un sourire qui en disait long.
    Il nous a dit qu’il se sentait bien dans sa classe, et qu’il a la meilleure maîtresse du monde.
    Pourtant il avait une vraie appréhension car sa maîtresse est la directrice et qu’il ne l’a connaissait que dans le cadre de sanction.

    Lors de la réunion de rentrée, elle m’a montré où est placé mon fils, pourquoi elle a choisi ce placement, un mur sur le côté, une armoire derrière lui, pour le côté cocon et effectivement moi aussi j’ai ressenti ce côté cocon complètement intégrer avec les autres.

    Elle a accepté qu’il est un collier a mâcher pour l’aider à géré les émotions trop fortes.

    Elle nous a expliqué que chacun avait son rythme, du coup l’enfant avance en fonction de ses capacités. Par exemple plus il va vite dans un domaine plus elle va lui donner la suite des exercices.

    Elle ne va pas bloquer l’élève car il va trop vite, si il a finit le programme dans la dite matière avant la fin de l’année alors il passer sur le niveau suivant.

    Les enfants ne sont donc pas en concurrence, au contraire mon fils me dit qu’il aide parfois ses camarades.

    Elle ne lui interdit pas les bavardages, il faut juste qu’il respecte le travail de ses camarades sans les déranger et qu’il le fasse a voix basse sans crier, pareil pour le mouvement, il peut bouger s’il n’embête personne.

    Il est sollicité et écouter dans ses réponses (c’est lui qui me l’a dit), ce qui n’était pas le cas avant car la maîtresse de maternelle trouvait que les réponses de mon fils était trop complexe et que soit elle perdait la classe car les autres ne comprenaient pas soit ça provoquaient l’effet inverse en induisant toujours plus de questions de la part des autres élèves.

    Bref cette année mon fils ne pleure pas, ne vomit pas, veut aller à l’école même les week-ends, il se sent lui et ça fait du bien.

    La maîtresse a compris beaucoup de choses sur le fonctionnement de mon fils, j’espère que ça va durer mais je la remercie vraiment pour ce qu’elle fait car oui c’est sortir de sa zone de confort et ce n’est pas simple, ça demande du temps et du travail en plus.

  4. Maman sur 23 septembre 2020 à 7 h 54 min

    Entièrement d’accord, je crois aussi que certains instituteurs, professeurs ne sont pas prêts a accepter qu’ils peuvent avoir dans leur classe des élèves qui sont très doues et quelques fois ces memes elevens disent gracieusement a l’adulte present qu’il se trompe, qu’il a fait une faute. Malheureusement face a cela, l’enseignant n’a pas toujours une bonne conduite, il va quelques fois prendre l’enfant en grippe, car les connaissances de cet enfant l’inquiète et ceci est bien triste pour l’enfant qui s’attend a être félicite.

  5. Sylvie sur 4 octobre 2020 à 18 h 35 min

    Bonsoir
    Notre fils a été détecté HP en petite section par sa maîtresse. Jusqu’à la grande section, il n’y a pas eu de souci.
    L’arrivée en CP a été TRES différente. Des institutrices, une directrice, une psy scolaire et une médecin scolaire qui ne comprenaient rien au fonctionnement de notre fils. Tout ce que vous avez décrit dans vos messages. En Septembre 2019, notre fils est rentré en CE1. Après 1 mois de scolarité, nous étions convoqué pour son comportement. Nous avons de nouveau expliqué son fonctionnement intellectuel, émotionnel etc…. J’ai découvert sur le site de la Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale de notre département qu’il existait un “Formulaire de contact pour la Scolarisation des Élèves à Haut Potentiel”. Nous avons complété le formulaire, et le 22 décembre 2019, nous avons eu un retour. Le contact de de la DSDEN avait contacté la directrice et lui demandait de nous recevoir une nouvelle fois avec l’institutrice pour déclencher la procédure avec le QADAPS à compléter. Enfin, la procédure démarrait ….Juin 2020, nous avions enfin l’accord pour le passage CE1 à CM1 pour septembre 2020. Après 4 semaines de classe avec une nouvelle institutrice qui est à l’écoute, elle applique la pédagogie différenciée et s’adapte au niveau des enfants. Notre fils s’intéresse à ce qui se passe en classe, et les devoirs se passent mieux….Il se sent bien dans sa classe pour cette année. Parents, nous connaissons mieux que quiconque nos enfants, d’autant plus cette année avec le confinement. Obtenir un saut de classe était devenu une obsession. Nous n’aurions rien lâché si nous avions eu un refus. Nous aurions fait de nouveau appel à la DSDEN pour aller en commission. Bon courage à tous.

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