Et si votre enfant était surdoué ?

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Enfants à haut potentiel : un véritable enjeu sociétal

Enfants à haut potentiel : un véritable enjeu sociétal

Il ne s’agit pas d’une pathologie, d’un handicap mais d’une spécificité, une « façon d’être au monde » qui résulte de compétences certaines, mais qui engendre aussi paradoxalement troubles de l’apprentissage, échec, souffrance psychologique et touche en France 2,3 % de la population scolaire (soit un ou deux enfants par classe).

Les enfants à haut potentiel intellectuels (EHP) interrogent et constituent un défi éducatif et social à la fois pour les chercheurs, les professionnels de la santé, de l’éducation et les parents souvent démunis. Ainsi, à l’initiative du CNAHP (Centre national d’aide aux enfants et adolescents à haut potentiel) en collaboration avec l’académie de Paris, l’université Paris Descartes et le ministère de l’Éducation nationale, un colloque international consacré aux compétences et difficultés des enfants précoces a regroupé le 10 avril 2018 à la Sorbonne plus de 800 personnes en quête d’expertises et d’accompagnement autour d’une avancée significative et d’un double enjeu : affiner la compréhension des enfants à haut potentiel et améliorer la prise en charge pédagogique et clinique.

Entre psychologie et neurosciences cognitives, les apports de la recherche

Créativité.

Mais comment définir le haut potentiel : par une précocité, un développement intellectuel nettement supérieur ? Un QI égal ou supérieur à 130 ?

De Binet à Piaget ou encore à Gardner, grâce à de nombreux travaux, les théories de l’intelligence ont posé un certain nombre de concepts (théorie des aptitudes, théorie hiérarchique, théorie des intelligences multiples) et d’outils (échelle de Wechsler, EPoC) destinés à saisir le potentiel des capacités mentales et cognitives d’un individu lui permettant de résoudre un problème ou de s’adapter à son environnement.

Malgré la difficulté d’une définition consensuelle, on ne peut réduire à un score les caractéristiques de personnalité et de fonctionnement d’un enfant ou d’un adulte, car comme rappelé par la pédopsychiatre S. Tordjman, connaître le QI d’une personne ne suffit pas pour définir son intelligence, il faut valoriser une approche pluridimensionnelle, « bio-psycho-environnementale » essentielle à la compréhension du phénomène.

Ainsi, pour le chercheur américain J. Renzulli (modèle des trois anneaux) l’expression d’un haut potentiel combine trois composantes :

  • des aptitudes intellectuelles au-dessus de la moyenne,

  • l’engagement dans la tâche (motivation, enthousiasme, persévérance)

  • et la créativité (flexibilité, originalité de la pensée, ouverture aux expériences nouvelles).

Olivier Houdé, professeur de psychologie du développement, estime selon lui que le cerveau est jusqu’ici l’« angle mort » de l’éducation nationale et que l’apport des neurosciences constitue une véritable avancée pour explorer le fonctionnement cérébral des enfants potentiels et leurs mécanismes d’apprentissage. Face à ce constat, son laboratoire a amorcé une recherche collaborative portant sur le développement cognitif et social des élèves de la maternelle à l’université, au croisement de la psychologie, de la pédagogie et de l’imagerie cérébrale, avec un large réseau d’écoles.

La créativité au service de l’émergence des talents

Enfant apprenant… entre math et art.
dreamstime

Faut-il considérer le haut potentiel comme un don, un talent, une capacité à produire des idées originales, nouvelles et adaptées dans un contexte ?

En tant que spécialiste de la créativité, T. Lubart a démontré la nécessité de cerner la notion de talent (une maîtrise exceptionnelle de compétences et de connaissances dans un champ) et de distinguer haut potentiel intellectuel/académique (QI, capacité analytique) et haut potentiel créatif (pensée divergente).

La pensée divergente peut se définir comme « la capacité à générer un grand nombre de solutions possibles pour un même problème » et permet de repenser le processus créatif comme un mélange d’imagination, de raisonnement et de bon sens. En cela, les enseignements artistiques ou esthétiques favorisant une cognition créative (pensée par analogies, métaphores) peuvent être un lieu d’épanouissement pour ce type d’enfant.

Le chercheur attire aussi l’attention sur l’importance de mettre en place des programmes éducatifs valorisant la créativité et d’autres outils (type EPoC) pour un repérage plus précoce et un meilleur diagnostic.

Comment améliorer la prise en charge pédagogique ?

Un défi à relever.
VisualHunt

Comment prendre en compte le fonctionnement cognitif de l’élève pour permettre la construction des connaissances et des compétences scolaires au sein de la classe ?

Dans le cadre d’une école inclusive, il est urgent, pour J. Siaud-Facchin, de centrer les apprentissages des enfants à haut potentiel sur des besoins spécifiques (« de sens, de défis, de cohérence, d’engagement ») en mettant en corrélation niveau de compétences et de complexité.

Pour éviter tout décrochage à l’école, l’enjeu demeure à la fois sur le décodage des implicites (consignes notamment) et sur le fait d’autoriser l’enfant à faire en classe plusieurs choses à la fois, car « les ressources attentionnelles ne sont activées que lorsqu’elles sont dispersées sur plusieurs sources ».

Suite aux expériences menées au sein de l’unique centre consacré en France aux enfants et adolescents à haut potentiel (CNAHP), S. Tordjman évoque l’importance de maintenir la motivation de ce type d’enfants, en mettant en place des techniques d’apprentissage centrées sur la méthodologie (« apprendre à apprendre ») et diverses mesures d’ajustements scolaires : programme d’enrichissement, décloisonnement pédagogique, saut classe, pédagogie différentiée ou alternative… Un panel d’actions visant à limiter décrochage scolaire, perte de motivation, anxiété, dépression et risque de sous-réalisation, c’est-à-dire « un grand décalage entre le potentiel et l’expression de ce potentiel » menant à l’échec.

Une urgence : une prise de décision politique et institutionnelle

Réagir, vite.
VisualHunt

Dès 1999, la neuropsychologue L. Vaivre-Douret pointait dans un article la nécessité de prendre en compte les troubles de l’apprentissage chez ces enfants souvent « doublement exceptionnel » (QI + trouble associé : dyslexie, dyspraxie…). Le problème de santé publique évoqué alors, demeure et fait toujours débat, malgré les avancées scientifiques réalisées et autres études ministérielles (rapport Delaubier 2002).

Les recherches neurophysiologiques, en accord avec les descriptions cliniques, soulignent l’importance d’une pédagogie adaptée aux particularités de traitement de l’information de ces enfants.

Au hasard des conversations dans l’amphithéâtre de la Sorbonne ou à la lecture des témoignages sur les sites des principales associations de parents concernés, on peut mesurer l’écart entre les directives institutionnelles autour de l’école inclusive et les difficultés réelles de mise en place au sein de l’éducation nationale. Même si des efforts sont réalisés dans certaines académies, on mesure le manque d’engagement politique sur cette question qui est un véritable enjeu sociétal.

On s’interroge sur des failles évidentes : un seul centre d’aide sur l’ensemble du territoire, de très rares formations pour les professionnels (enseignants, psychologues, médecins…) relatives aux spécificités des enfants à haut potentiel, un manque de leaders politiques sur cette question. Certains se plaignent de la fuite des cerveaux français, mais que fait-on pour ces jeunes « cerveaux » en échec scolaire qui sortent chaque année du système éducatif ? Un gâchis, plus encore une perte de talents nuisible pour notre société qui mériterait enfin une stratégie nationale.

Se mobiliser.

Carole Bisenius-Penin, Maître de conférences Littérature contemporaine, CREM, Université de Lorraine

The ConversationLa version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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L'hyperémotivité des surdoués

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Renforcer l'estime de soi de l''enfant précoce

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