Les méthodes éducatives pour enfants précoces

Nous le savons d’expérience, avoir un enfant intellectuellement précoce pose rarement des problèmes avant l’entrée de celui-ci dans la vie scolaire. Avant 3 ans, tout se passe généralement bien et, le plus souvent, les parents trouvent juste leur enfant particulièrement « éveillé« . Parfois même, quand les références manquent dans le milieu familial ou amical, on ne se doute de rien. C’est donc souvent les premiers pas en collectivité qui permettent la détection de la précocité intellectuelle. Soit que l’enfant rencontre des difficultés d’intégration, soit que l’ennui transforme un enfant d’ordinaire actif et vivant en élève absent, ou encore parce que la comparaison avec les acquis et les résultats des autres bambins ouvre enfin les yeux des parents.

C’est une chance de découvrir si précocément la différence de son enfant car cela permet de prendre rapidement les mesures qui s’imposent si nécessaire. Encore faut-il savoir quelles sont-elles pour pouvoir en discuter ouvertement avec les enseignants, bien souvent peu au fait de ses questions mais qu’il faudra convaincre d’agir, souvent avec l’aide d’un psychologue, scolaire ou libéral.

Les solutions préconisées pour aider un enfant intellectuellement précoce à mieux vivre sa différence et s’épanouir, notamment au niveau scolaire, sont généralement regroupées sous trois vocables, l’accélération, l’enrichissement et l’approfondissement. Ces termes couramment admis recouvrent des réalités différentes, qui peuvent être combinées entre elles ou utilisées séparément. Bien souvent, l’environnement immédiat de l’enfant conditionne les possibilités d’adoption d’une ou plusieurs de ces solutions. En dehors de l’école les parents ont bien évidemment un rôle important à jouer.

L’accélération consiste à respecter le rythme de développement intellectuel de l’enfant. Dans le système scolaire classique, elle peut se pratiquer à divers moments. Le passage anticipé au CP est souvent judicieux pour les enfants qui ont acquis une maturité suffisante en moyenne section de maternelle. L’obstacle majeur avancé par les enseignants est, en effet, bien souvent celui du manque de socialisation ou du retard psychomoteur (en particulier en motricité fine). Sachant que l’Education Nationale autorise, dans les textes, un saut de classe dans l’un des cycles de l’enseignement primaire et dans les faits, parfois, un deuxième, il peut s’avérer plus facile de profiter de cette possibilité plus tard. Pour les enfants un peu « limite » en fin de moyenne section, on peut envisager une entrée directe au CE1 (notamment pour ceux qui savent déjà lire en grande section).

La réduction à 3 ans du collège est plus rare . Certains établissements privés proposent cette alternative à des enfants précoces sélectionnés. C’est le cas par exemple du collège Saint François d’Assise à Aubenas, qui voit coexister les deux alternatives, collège en 3 ou 4 ans. L’accélération vise à empêcher que l’enfant ne subisse un décalage trop important entre capacités intellectuelles et programmes scolaires. La principale critique qu’on peut lui faire repose sur l’accroissement du décalage physique, voire moteur, avec les autres enfants, lorsqu’elle ne se fait pas dans une classe homogène de précoces. L’autre inconvénient quand la logique est poussée à l’extrême, réside dans la perspective de voir arriver un enfant au bac à 14 ou 15 ans, ce qui ne va pas sans poser des problèmes pour la poursuite d’une scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans.

L’enrichissement permet de donner à un enfant un accès plus large à l’information, de manière à ce qu’il soit en mesure de réaliser une synthèse plus élaborée. Il s’agit véritablement de « nourrir » la curiosité intellectuelle de l’enfant et de lui faciliter l’acquisition de processus de pensée et de créativité. Dans les faits, cet enrichissement peut être pratiqué par l’enfant lui-même, au moyen d’outils qui lui sont remis. Généralement un enfant précoce n’a pas besoin d’autant de temps que ses camarades pour apprendre le programme officiel de sa classe. Réaliser 100 exercices pour apprendre à additionner revêt peu d’intérêt lorsqu’on a compris au bout de 10 opérations, parfois moins. Il est tout à fait possible alors pour l’enseignant de favoriser l’épanouissement de l’élève en lui fournissant la matière (livres, fiches…) nécessaire à l’enrichissement. L’attrait de la nouveauté et la possibilité de réaliser par lui-même des activités plus complexes évitera à l’enfant concerné de s’ennuyer dans son coin, tout en lui permettant de parfaire son mode de raisonnement. Bien sûr, l’enrichissement pourra utilement être mis en oeuvre dans des classes spécifiques EIP. Les activités périscolaires, les visites et excursions, sont particulièrement propices à la mise en œuvre de cette solution pédagogique. La créativité des enfants s’accommode parfaitement bien des exposés et autres travaux de groupe qui pourraient ainsi être réalisés.

L’approfondissement, comme son nom l’indique, consiste en l’étude plus complète des sujets abordés dans le programme « officiel ». Il n’est pas question ici, comme dans l’enrichissement, de multiplier les matières, mais plutôt d’aller au fond des choses dans un domaine précis. On étudiera donc l’empire romain non seulement sous ses facettes politiques ou « vie quotidienne », mais également et par exemple, architecturaux ou culturels. Il va de soi que les outils qui permettent l’enrichissement peuvent avec profit être combinés avec l’approfondissement. Visiter les ruines de Vaison-la -Romaine et réaliser ensuite un reportage multimédia sur le sujet serait un bon exemple d’une combinaison réussie des deux méthodes. De Craecker, en 1951, disait aussi de l’approfondissement en direction des enfants précoces qu’il contribuait « non seulement à leur développement mental, mais aussi à leur développement moral et social, notamment en leur faisant comprendre et accepter leurs obligations envers les autres ».

Il va de soi que la mise en œuvre de ces solutions repose en grande partie sur le volontarisme d’un enseignant ou d’une équipe pédagogique. Il n’est donc pas toujours évident d’en obtenir le bénéfice pour un enfant concerné (bien que l’Education Nationale, consciente du problème semble encline à faciliter ce type de démarche). Mais les parents ont aussi leur rôle à jouer. Ils peuvent reprendre à leur compte ces méthodes, en les adaptant à un usage domestique. Les sorties du dimanche se prêtent particulièrement bien à une forme familiale d’enrichissement et seront utilement mises à profit par l’ensemble de la famille. Le rôle des parents est également d’accompagner le développement affectif de leur enfant, en n’oubliant jamais que sa maturité affective est bien souvent plus en rapport avec son âge réel qu’avec son âge mental. Les enfants intellectuellement précoces ont un énorme besoin d’amour et de reconnaissance, il ne faut pas l’oublier. Aider son enfant à s’épanouir socialement, enfin, apparaît comme très important. Il est impératif de prendre dès le plus jeune âge à bras le corps les problèmes de socialisation que rencontrent habituellement les EIP. Leur permettre de rencontrer des enfants un peu plus âgés, fréquenter des aires de jeux, les inscrire à des cours, de théâtre par exemple, sont autant de moyens d’éviter que l’enfant ne se renferme sur lui-même et de préparer son avenir dans la société.

Les solutions existent qui peuvent permettre à un enfant précoce de ne pas vivre sa différence comme un handicap et même, d’en tirer parti. Il est vrai que leur mise en œuvre demande un effort, que ce soit aux enseignants ou aux parents. Il faut également rappeler que telle méthode qui s’appliquera très bien à tel enfant ne sera pas forcément adaptée à tel autre. La consultation d’un psychologue compétent permettra d’opérer un tri bénéfique pour l’enfant, en fonction de ses besoins et de ses possibilités. Elever un enfant intellectuellement précoce relève parfois du parcours du combattant, mais procure également d’intenses moments de bonheur, qui valent bien quelques sacrifices.