Enseigner à des enfants précoces

J’ai 31 ans et j’enseigne dans un collège privé, qui propose, parmi des classes « traditionnelles », un cycle adapté pour enfants précoces. Je suis très touchée par les témoignages que j’ai pu lire, la plupart du temps de parents ayant souffert ou souffrant encore du manque de reconnaissance de la précocité de leur enfant.

Moi aussi je souffre lorsque je m’adresse à d’autres enseignants qui, bien souvent, méconnaissent la précocité et la méprisent ou la tournent en dérision… Combien de fois n’ai-je pas entendu, de leur bouche : « Ah, tu travailles avec les surdoués ? Ca doit être cool ! » ou bien encore « Ah, les parents, ne peuvent-ils laisser leur gosse vivre leur enfance ? Pauvres gamins ! »… Alors je me bats, j’explique posément, ou je m’énerve même certains jours, ou bien encore je leur mets le rapport Delaubier entre les mains. Certains écoutent, intéressés sincèrement d’apprendre quelque chose, d’autres ironisent et se moquent éperdument ! J’essaie de leur expliquer ce qu’est un enfant précoce, comment on sort de ces classes « particulières » vidé, parfois énervé, souvent humainement enrichi, mais jamais désabusé comme c’est le cas de temps à autre avec des élèves « classiques ».

Je suis tellement heureuse d’enseigner dans ces classes qui ne laissent pas indifférent, que je souhaite encourager les parents qui peuvent se désespérer. Qu’ils persistent auprès des enseignants, qu’ils les informent, discutent avec eux, leur proposent des documents (sans les harceler bien entendu). Il existe, Dieu merci, beaucoup de mes collègues réceptifs, attentifs, et disposés à communiquer.

Je pense comme vous que nombre de mes collègues sont prêts à être éclairés sur la question. Je constate, dans le collège où j’enseigne par exemple, que mes collègues sont tout dévoués à cette cause, et donnent leur temps « presque » sans compter. En effet, ce cycle existe dans mon collège depuis 11 ans maintenant (moi j’y suis depuis 4 ans), et beaucoup d’entre eux ont vu la naissance du « bébé » et y ont fait leurs premières armes en matière d’enseignement aux enfants précoces. Je pense qu’être au contact de ces enfants est le meilleur moyen de se rendre compte concrètement de ce qu’est un EIP, de ce que ça peut impliquer comme difficultés, comme investissement et comme enrichissement…

Comme nous ne faisons pas du tout de sélection à l’entrée selon les résultats scolaires (contrairement à certains établissements) , nous avons souvent des classes très très hétérogènes ; cela peut aller d’enfants qui sont très jeunes (8 ans à l’entrée en 6è), à des enfants ayant eu par le passé de gros problèmes d’intégration scolaire, en passant par des problèmes qui nous semblent parfois insurmontables de graphie (mais rien n’est insurmontable, que d’évolution pour certains !), ou aussi des problèmes d’intégration au groupe. Il faut gérer bien souvent une bombe, une vraie cocotte minute… Quelques uns sont renfermés dans leur coquille, mais la majorité veut participer (tous en même temps), ne pas s’écouter, s’écarter du sujet sans arrêt. Il faut leur donner un cadre très ferme, tout en ayant une grande souplesse dans l’écoute et la gestion de leurs réponses. Avec eux, il est recommandé de manier l’humour spirituel, l’ironie même. Ne jamais les blesser. Les écouter. Les aimer.

Quant aux parents, dès le début de l’année il faut aller vers eux, les rassurer (ils sont souvent si angoissés, non pas tant de la réussite scolaire de leur enfant que de leur équilibre psycho-affectif), les contacter le plus souvent possible pour faire un bilan bref ou plus long selon les cas, mais régulier. Les conseils de classes sont 2 fois plus longs que les autres, une psychologue y assiste (elle intervient dans le collège pour suivre les enfants). Nous ne faisons pas de miracle au collège, et parfois même certains enfants n’y trouvent pas leur bonheur, mais ceux qui avaient perdu la joie de vivre dans certains cas, et qui la retrouvent, quel bonheur cela procure !

Je pense en particulier à cet enfant, qui nous a quittés l’année dernière après l’obtention de son brevet des collèges. En 1ère année (le cycle que nous proposons est en 3 ans), il était caractériel, incapable de s’intégrer au groupe (il se roulait par terre, en classe, à la moindre contrariété…) A la fin de l’année dernière, il était beaucoup plus calme, capable de se maîtriser et souvent de travailler en groupe ; ses sautes d’humeur étaient beaucoup plus rares. Je ne sais pas si son cycle de lycée se passera bien, dans le lycée « traditionnel » où il est allé, mais que d’évolution ! Je suis confiante pour lui. Je ne vais pas citer d’autres exemples, car je ne veux pas abuser, je pourrais parler pendant des heures de mes enfants !

Nous avons mis en place depuis l’année dernière un groupe de pilotage pour une réflexion sur le projet que nous menons depuis tant d’années, afin de pouvoir présenter aux parents un projet écrit structuré, qui témoigne de notre expérience. Nous avançons bien… J’aimerais que beaucoup d’autres chefs d’établissement et enseignants aient des projets similaires, de façon à pouvoir proposer en France beaucoup d’autres structures adaptées. Ca bouge, tout doucement. Chacun d’entre nous peut apporter une pierre à l’édifice. Les directives récentes de l’Education Nationale participeront à cela. Croyons-y fort.

4 réponses à Enseigner à des enfants précoces

  • Colette dit :

    Je suis enseignante et maman d’une enfant précoce de 5 ans. Je ne connaissais pas la précocité avant d’y être confrontée. Il n’existe pas de structures adaptées près de mon domicile. Comment monter un projet dans les écoles ou mon collège pour aider ces enfants? Par quel bout commencer?

  • Corinne dit :

    Bonjour,
    Je suis enseignante en lycée public et enfant de deux jeunes précoces. Je voudrais travailler dans un lycée pour des jeunes surdoués à Paris, enfin, dans la région parisienne. Comment connaître si de tels lieux existent dans le public ou dans le privé et si des postes sont disponibles ?
    Merci de me propose une piste de recherche, et merci pour vos témoignages,

  • Bolliand Alexandra dit :

    Ce témoignage nous donne de l’espoir à nous parents ! Merci de votre dévouement et de l’amour que vous leur apportez. Dans mon petit village, j’ai trouvé également des oreilles attentives et des personnes motivées au sein de l’école maternelle et de l’école élémentaire. Par mon commentaire, j’en profite pour remercier tous ces enseignants qui ne laissent pas tomber nos enfants par facilité.
    Merci à vous !

  • CASTEL Françoise dit :

    Bonjour,

    Je suis la maman d’un enfant précoce de 12 ans en cinquième. Kevin manifeste cette année, pour la première fois, des diffifultés en expression écrite : ses notes dans ces exercices sont très nettement plus basses que dans tous les autres. Il perd confiance. Il n’arrive pas à reformer un cercle d’amis tout en restant fidèles à deux anciens camarades de son primaire en établissement privé.
    Les échanges avec son professeur de français (+prof principal) sont déplorables – la moindre question de ma part provoque haussement d’épaules et souffle face à l’enfant. Le proviseur est « anesthésié » probablement par l’activisme syndical de ce professeur. Notre seul interlocuteur bienveillant est la CPE qui accepte l’information que je lui transmets à propos des EIP et essaie de motiver l’enfant.
    J’ai besoin d’un professeur de français formé aux pédogogies pour EIP pour des cours particuliers (moi-même précoce, je n’arrive pas à trouver les bonnes méthodes pour Kevin, qui met en cause ma légitimité car je ne suis pas enseignante) – mon secteur géographique est Colomiers (31).
    J’envisage aussi de changer Kevin d’établissement – son collège est pourtant un établissement international où il a bénéficié d’un enseignement bi-langue anglais/allemand depuis deux ans mais où les inscriptions s’amenuisant dans cette deuxième langue, il est probable que l’Abi/Bac (double baccalauréat) disparaîtra avatn que Kevin ait pu en bénéficier – un conseil sur un établissement adapté dans mon secteur sera aussi le bienvenu.
    Votre soutien m’est nécessaire.
    merci par avance

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