Ma grande mort qui m'a donné la vie !
Vous est-il déjà arrivé de mourir ? Vous êtes vous demandé quelle pouvait
bien être la mort la plus acceptable ? Probablement non. Peu de gens se
posent ces questions consciemment. C’est plus insidieusement qu’elles
nous parviennent. Pour ma part cette expérience fut inconsciente. J’avais
neuf ans alors. Et je ne l’ai pas vu venir. Mais la trace qu’elle a laissée
est si indélébile que je ne peux l’ignorer.
J’avais décidé, car je ne peux imaginer qu’il en fut autrement, de vivre
parmi mes pairs. Et je crois bien que j’y étais parvenu. Mais voilà mon
choix était le pire que je pus faire. Car il me conduisait directement
à ma disparition. Mon choix était pourtant simple. Il peut se résumer
ainsi. Pour être acceptable, il faut paraître semblable. Et mes efforts
pour y parvenir n’étaient pas ménagés.
Je ne me souviens pas de quand date ce choix. Je ne sais combien j’ai
troqué d’apparences. Je ne me souviens que d’une chose. Ça marchait. Ça
fonctionnait même particulièrement bien. Je pense que c’est une des raisons
qui font que je n’ai vu venir le piège que j’avais construit. Je vais
vous donner un exemple de ce que je faisais pour apparaître aux yeux de
tous semblable à mes pairs. Je ne l’ai su que bien plus tard. Et ce point
m’a été rapporté par un proche qui l’a observé. Alors que je fréquentais
l’école maternelle. J’avais quatre ans et j’ai appris à lire. Mais un
enfant de quatre ans ne sait pas lire. Je l’ai donc caché. Caché à mes
parents, à mes frères et sœurs, à mon institutrice. J’ai cru que mon stratagème
fonctionnait mais comme je vous l’ai dit un de mes proches s’en est aperçu.
J’ai vécu une année de plus en le cachant. Et j’ai fait comme si j’apprenais
comme mes camarades en entrant au CP. Je ne sais si j’ai dupé mon enseignant
en dernière année de maternelle. Je ne sais si mon proche en a parlé alors.
Il m’a simplement rapporté les faits des années plus tard. Lorsque j’ai
appris cette histoire. Elle m’a bien fait sourire. Mais en même temps
de vielles blessures me rappelaient combien cela était coûteux. Voilà,
je crois pouvoir dire que jusqu’à neuf ans j’ai joué le rôle de l’enfant
que j’étais censé être.
Mais cette année de mes neuf ans les évènements m’ont conduit à la rupture.
Le principal, celui qui reste omniprésent est affligeant. Si banal et
si répugnant. Je paraissais, mais ce n’était pas une raison pour ne pas
adopter des stratégies qui me facilitaient la vie. L’une d’elle consistait
à n’apprendre la leçon que nous devions réciter par cœur qu’au dernier
moment. Par exemple demander à un camarade de classe en arrivant à l’école
s’il la savait et la lui faire réciter. C’était suffisant pour moi pour
la retenir. Et la savoir définitivement. Ou encore la lire dans le rang
en entrant en classe. Ou alors l’écouter pendant qu’un camarade passait
sur l’estrade. Mais voilà. Mon institutrice était une vieille demoiselle
qui avait des principes. Et j’ai appris à coup d’humiliations publiques
que ce qu’ont attendait de moi, ce n’était pas de savoir ma leçon, ce
n’était pas d’apprendre, mais de me plier à l’exact modèle d’élève qui
était indélébilement définit. Apprendre ma leçon au moment où on l’exigeait,
avec la méthode exacte qu’on exigeait.
Ce choc aurait pu produire un ajustement de ma stratégie. Il n’en fut
rien il en provoqua la chute. Je décidais alors inconsciemment de ne plus
jouer le rôle qu’on attendait de me voir jouer. C’est à ce moment là que
je suis né. Que j’ai ressuscité ! Un accouchement dans la douleur. A en
hurler. Le retournement fut rapide. La période de frustration et de repli
laissa rapidement place à la révolte. Une révolte salvatrice. Je me sentais
si vivant. Douloureusement vivant. La révolte prit le tournant de la guerre
en batailles rangées. Puis en guerílla. Et c’est dans ce début de guerre
où je me sentais si vivant que je pris conscience de ce que je venais
de vivre. Que mes années caméléon m’avait conduit au pire ! La mort !
Une mort horrible. Une mort terrifiante. Une mort qui dure. Une mort pour
de très longues années. Une douleur si atroce qu’elle déchaîna la violence
animale que nous gardons tous au fond de nous. Cette mort était si profondément
injuste qu’elle finissait par m’omnibuler. Mourir à neuf ans était jusque
là inconcevable. Mais en plus mourir d’une telle mort était profondément
inacceptable. A ce moment là je fus incapable de voir que c’était moi,
et moi seul qui m’était enfermé dans ce piège. Et j’en rejetais la responsabilité
sur les autres. Tout d’abord sur mes camarades qui tous semblaient incapables
de me comprendre et de m’accepter. Mais surtout sur ce système qui ne
visait qu’à me détruire, sous un discours de construction.
Ma mort, je l’ai vécue et revécue. Ma résurrection aidant, je l’ai vue
aboutir et m’emporter. Durant les premières années de ma vie, je me suis
effacé laissant la place à l’enfant qu’on attendait que je sois. Ce travail
de gommage je l’ai entrepris avec acharnement. J’ai bien sur parfois rebondi.
J’ai parfois entendu ce moi qui criait. Mais je me concentrais sur mon
but : vivre parmi les miens. Et cette œuvre quasi parfaite a bien
fini par aboutir. Je m’étais gommé, effacé, tué. Mon corps aurait pu continuer
à vivre sans moi pendant des années. Je m’étais perdu. Volontairement
enterré. Aujourd’hui je sais qu’un jour je serais remonté à la surface.
Je sais que je n’aurais pu rester enfouit. Et je sais aussi que plus longtemps
aurait duré cette mort plus dur aurait été le retour à la vie. Ma mort
fut de mettre un rôle à ma place. Ce qui m’a terrifié lorsque je m’en
suis libéré, ce fut de comprendre que je me niais pour être accepté. Ne
plus être moi pour être près des autres. Une mort biologique était bien
plus acceptable, plus conventionnelle. Je ne saurais dire combien cette
expérience a changé ma vie. Mais je sais une chose. De ce moment là m’est
restée une détermination implacable. Je resterais, seul s’il le faut,
envers et contre tous. Mon droit à la vie est inaliénable. Il inclut ma
liberté de penser, de dire et d’agir. La déchirure était telle que je
fis bloc autour de moi. La forteresse serait imprenable. Comprenez bien
que je suis réellement mort et ressuscité. Mort car la seule vraie mort
est celle de l’identité. Ressuscité car je sais que je suis vivant et
que je ne suis pas un rôle issu de mon imagination. Comprenez le risque
que j’ai couru. Je n’avais comme mes semblables qu’un seul but :
vivre au sein de mon peuple. Et pour cela j’ai délibérément renoncé à
exister par moi-même.
La suite est évidente. De bon élève, dans la moyenne, dans le lot, je
suis passé à cancre. Le cancre parfait. La raison en est simple. Je disais
non à tout le système. Vous voulez me détruire, je ne me laisserais pas
faire. Je sais combien vous pouvez être pernicieux. Je le sais car vous
m’avez déjà tué. La querilla c’est transformée en guerre de tranchées.
Je n’ai jamais envisagé de but quelconque quant à l’issue de cette guerre.
Le seul but était de vivre par moi-même. Je n’ai jamais pensé que le conflit
s’enliserait jusqu’à plus fin. Je n’ai pas lésiné sur les coups que je
pouvais porter. Mais j’avais sous estimé la capacité de résistance de
l’ennemi. Ce n’est pas un hasard si on le nomme mammouth. Il est inébranlable.
Je ne faisais somme toute que quelques remous à la surface de l’océan.
Mais j’avais aussi surestimé la capacité d’analyse de la bête.
Une anecdote pour illustrer mon propos : lorsqu’un instituteur sermonne
un élève sur le respect et que celui-ci lui rétorque : « Je ne dois le
respect qu’à ceux qui me respecte ! » Je pense que vous pensez comme moi.
« Qu’a bien t-il pu se passer pour qu’un enfant pense qu’on lui a
manqué de respect ? Que se passe-t-il d’aussi difficile pour qu’un
enfant pense qu’il a été bafoué et ose le dire si ouvertement ? J’étais
au primaire et les mots résonnent encore. Je peux encore voir et toucher
la scène. La seule réponse fut la punition.
Autre exemple : imaginez vous faire un cours dans un collège ou un
lycée. Vous avez parmi vos enfants un perturbateur infernal qui fait tout
et n’importe quoi, les pires bêtises, et pourtant même au moment le plus
inattendu vous ne parvenez pas à le mettre en défaut. Vous l’interrogez
par surprise et en vous narguant il ne vous jette à la figure que des
réponses exactes. Pire, il fait le pitre. Il n’écoute pas ou ne semble
jamais écouter. Il perturbe tout le monde mais en plus il vous met en
défaut, vous, face à votre classe. Il prouve devant tous que vous vous
trompez, que vous dites des vérités approximatives, que vous faites des
simplifications (voulues par le programme). Là encore il y a matière à
questions. Je peux vous assurer que rares sont ou étaient les professeurs
qui se les posaient. Non, décidément il y avait quelque chose de pourri
au royaume du système scolaire. Je n’ai tout au plus réussi qu’à exaspérer
mes professeurs. Neuf ans de guerre des nerfs. Avec des passages où j’ai
bien faillis y laisser beaucoup de plumes.
Tout cela n’est finalement qu’un bon souvenir. Où je me suis sauvagement
déchaîné sur un système qui finalement n’en avait rien à faire et qui
pouvait très facilement encaisser le choc. Mon seul regret est d’avoir
identifié le mammouth aux personnes qui y travaillaient. J’ai été un poids
lourd de conséquence pour certains et finalement ils n’y étaient que pour
peu. Les hommes ne méritaient pas un tel traitement.
Il n’y a pas que des bons restes dans cette affaire. On pourrait penser
que j’ai malgré tout réussi à me construire et que là est l’essentiel.
Je rétorque que non. Je ne me suis pas construit durant cette épreuve.
Je me suis construit à neuf ans. C’est à ce moment là que j’ai décidé
pleinement de mon identité. Et je n’ai pas dévié par la suite. Pourtant,
ce n’était pas encore gagné. Un, parce qu’à l’époque on n’hésitait pas
sur les moyens de faire plier les récalcitrants. Deux, parce qu’insidieusement
un élément bien plus pernicieux s’est attaqué à mes positions. Cet élément
c’est moi. Moi le cancre. La position de cancre est très confortable.
Elle demande finalement peu d’énergie. Laissez moi vous expliquer.
La position dans la classe. Deux solutions, le fond près du radiateur
comme on dit souvent. Cette place offre l’incommensurable avantage de
permettre à sont occupant de dormir paisiblement. C’est comme s’il y avait
une étiquette. On s’installe là et tous reconnaissent le rôle de l’occupant.
On le laisse tranquille et il ne dérange pas. L’autre place celle que
j’affectionnais c’est la table juste en face du bureau du professeur.
Cette place est plus ambiguë. Elle est prisée par plusieurs individus.
En premier lieu le lèche-bottes. Pas besoin de faire un dessin. En second
vient la première de la classe. Vous remarquerez que c’est très souvent
une fille. Et pour finir le cancre de la pire espèce. Car celui-ci n’est
pas à priori censé se trouver là. Cette place pour lui offre un gros avantage.
Il peu se retourner et faire face à la classe. De là il à tout son public
pour faire toutes les clowneries qui lui passent par la tête. Un bon rire
étant toujours agréable. Ce cancre là est relativement bien accepté. C’est
plus amusant de le regarder faire le clown que de suivre un cours rébarbatif.
Puis ça interrompt les discours pompeux et laisse de la place à la fantaisie.
Ensuite s’il est un bon cancre il peut très facilement de là pousser à
bout son professeur. Il est aux premières loges et à ainsi accès à beaucoup
de matières. Comportement, locutions verbales, manies en tout genre, et
surtout il a accès au cours. Au contenu. Avec ce dernier et un peu de
réflexion, il peut détourner le cours vers ses pitreries, rebondir sur
un texte et le tourner en dérision, s’approprier un évènement du programme
pour le rallier à sa cause. La position dans la classe est donc stratégique.
Si la place est imposée par le professeur, il suffit de mettre un chahut
impossible pour que la sanction tombe. Le professeur pour tenir le perturbateur
à l’œil le veut tout près de lui. Là ! Juste là ! Vous voyez la place
de rêve. Celle que beaucoup redoutent mais que le cancre reconnaît comme
pleine de potentiel. Je ne suis pas sur que les profs aient compris comment
ils se faisaient manipuler.
Mais la position de cancre n’est pas qu’une question de géométrie. Elle
demande surtout de bien comprendre comment fonctionne une classe. Je ris
encore des annotations laconiques des bulletins scolaires. « N’a toujours
pas compris quel est son rôle d’élève ! » Je peux vous affirmer que si
dans une classe il existe un enfant qui à bien compris quel est le rôle
de l’élève c’est bien le cancre. Il sait parfaitement de quoi il retourne.
Il sait exactement quelles sont les limites. Il sait exactement comment
fonctionne une dynamique de groupe. Il sait exactement comment se sélectionne
un leader. Mais en plus de connaître à la perfection le fonctionnement
de l’entité, il en connaît les constituantes. Grâce à ce savoir il va
pouvoir rapidement improviser pour plaire aux uns et exaspérer les autres.
Enfin, le cancre n’a pas besoin d’avoir de bons résultats. C’est un cancre.
Et comme le cancre dormant, il est une tare que le système rejettera à
sa sortie.
Il existe diverses raisons qui vous mènent à devenir cancre. La mienne
impliquait la prise de parole. Et pour dire ce que personne ne veut entendre
la route est longue qui mène à Damas. Bien trop longue. Car c’est de là
qu’est venu le danger. Le cancre, celui que tous apprécient et qui n’est
rejeté que par ceux qu’il rejette lui-même, est finalement quelqu’un de
très dangereux. Car il m’a pris ma place. Et oui j’étais mort. J’étais
re-né et voilà que je mourais de la même mort.
Mais je n’ai pas laissé faire le cancre. Et j’ai eu bien du mal. En premier
lieu, le système a sorti une arme à laquelle je ne m’attendais pas. Le
placard. Le garage. C’est malheureux mais c’est ainsi. On a créé diverses
sections pour permettre à chacun de trouver sa voie, et le système les
a transformées en sanctions. C’est ainsi qu’au collège il fut décidé de
m’envoyer dans un classe pour déficients. Heureusement que j’étais un
bon cancre, un de ceux qu’on ne peut que difficilement mettre en défaut
pendant les cours. Le genre qui fait les cours de math à la place de son
prof. Le genre qui signale les fautes de français, les erreurs historiques…
Car après une lutte acharnée, il fut convenu que la sanction serait une
classe à effectif allégé. J’ai compris alors que ma stratégie n’était
pas très bonne. Et surtout que le cancre avait grignoté de la place. Corriger
le tir ne fut pas simple. Il n’est pas du tout évident de mettre de côté
des comportements aussi longtemps élaborés. Restait un dilemme :
comment continuer le combat sans laisser le cancre me tuer. Il me fallut
en apprendre plus sur le mammouth. Et trouver comment le gruger.
La situation n’était pas simple. Quelqu’un en troisième d’adaptation est
avant tout un ignare ou un gentil débile. Il n’est pas question de lui
faire suivre la voie dans laquelle il pourra d’épanouir surtout si elle
est littéraire ou scientifique. Donc, au choix, les CAP et autres BEP,
au mieux des secondes techniques. Mon idée fut de faire croire que ce
que je voulais faire était de l’électronique. Du style : le mec qui
fait des soudures toute la journée. Bref ma liste de vœux fut très orientée.
Mais aussi dans la liste se trouvait une seconde technologique depuis
laquelle j’aurais pu rebondir. Je me rappelle avoir longuement hésité
à mettre la seconde C que je désirais. Je passais une année à faire taire
le cancre et avoir des résultats corrects, ceux qu’on attendait. Et ce
fut un succès. Je donnais raison à ceux qui m’avaient envoyé là. « Regardez
c’est exactement ce qu’il lui fallait ! » J'intégrais la seconde visée
et je rebondissais sur une première scientifique et technique pour avoir
mon bac. Mais les habitudes de cancre étaient dures à faire partir et
les trois années de lycée n’ont pas dérogé à la règle. Une nouvelle fois
je surmontais cette épreuve sans que quiconque n’y prête attention. J'éradiquais
le rôle qui me volait ma vie.
Depuis le temps a fait son œuvre. Mais il est des choses qui restent très
profondément ancrées. Ces années de guerre ont laissé la place à ce que
j’attendais depuis toujours : la possibilité d’apprendre. Apprendre
sans retenue. J’ai passé douze ans d'université à tenter d’étancher ma
soif. Ma liberté revendiquée à neuf ans je l’ai acquise à dix-huit comme
tout le monde. Mais elle à en moi une résonance particulièrement forte.
Mes positions radicales sont devenues plus souples. Par exemple il était
pour moi inadmissible qu’on prive quelqu’un de liberté de parole. Et je
pensais qu’il fallait l’imposer. Je ne suis plus aussi catégorique. Je
ne crois plus qu’il faille coûte que coûte imposer la liberté de parole
ou toute autre liberté à quelqu’un qui la refuse. Je pense qu’il faut
le laisser trouver sa propre voie. Je ne pense plus que le système soit
aussi pervers que je le pensais. J’ai appris à voir mes parts de responsabilité
dans mon conflit. Je pensais que les autres ne me comprenaient pas et
qu’ils en étaient responsables car il s’agissait pour moi d’un refus.
Je sais qu’en fait nous sommes tous dans cette situation. Nous sommes
tous incapables de comprendre réellement l’autre. Et mon conflit m’empêchait
de voir qu’eux aussi étaient incompris, en particulier de moi.
Il me reste cette horrible douleur de se sentir disparaître. De se savoir
mort. De savoir que ce gouffre est là, juste là, et que sans y prendre
garde, il suffit de peu pour sombrer à jamais. Mais m’y être perdu et
retrouvé m’a rendu fort. M’a parmi de trouver, un peu tôt pour certains,
mon essence. Cette épreuve m’a apporté la mesure de la préciosité de la
vie. Elle a façonné mon système de pensées. Elle est ce qui me permet
d’affirmer aujourd’hui qui je suis. Elle m’a apporté de la vigilance vis-à-vis
des autres. Elle m’a montré combien je fais partie de ce tout que beaucoup
ignorent ou semblent ignorer, l’Humanité. On dit souvent qu’on bâtit son
identité sur les bases de sa famille, de sa ville, de son pays. Je ne
me sens qu’une seule famille l’Humanité toute entière et j’ai mal de la
voir si mal en point. Je ne me sens qu’un village, cette planète que l’on
tue. Je ne me sens qu’un pays cet univers qui nous accueille tous.
J’ai beaucoup lu, je suis souvent intervenu dans les débats au sujet des
enfants qui, comme moi, se retrouvent décalés dans leur vie. Et je n’ai
jamais trouvé de propos qui me conviennent. Combien d’histoires me ressemblent !
Combien de personnes vivent une vie semblable ! Et les réponses à
cette situation me laissent toujours las d’exaspération. Combien de fois
ai-je lu qu’il allait un enseignement adapté à ces enfants ! Combien
de fois ai-je vu la demande de création de centres spécialisés !
Combien de fois ai-je entendu ce discours qui nous exclus !
Non ce que je veux, ce que je désire, c’est que tous les enfants de toutes
conditions aient un enseignement qui leur soit adapté. Sans restriction,
sans séparation, sans classification. Un enseignement adapté pour chaque
enfant à son rythme, à ses capacités, lui permettant de s’ouvrir au monde,
lui permettant de se découvrir lui-même.
Une utopie majeure où la prise en compte de l’individu et donc de l’autre
devient la base de la société. Savoir qui on est pour fusionner avec le
groupe.
Voilà comment je suis mort.
Auteur : Anonyme
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