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Un enfant qui vit mal sa précocité




Je vais raconter l' histoire complète , depuis sa naissance d'un petit garçon dit « précoce ».

Mon petit garçon est un enfant hypersensible et très colérique depuis la naissance. A 3 jours, il pleurait 7 heures d'affilées sans que rien ne puisse le soulager : ni les bras de sa maman, ni les caresses, les massages, les bains, les mots doux. Il réagissait au moindre bruit, même une porte qui claque à l'autre bout de la maternité. Cette sensibilité au bruit, il la gardera longtemps, se réveillant un peu plus tard, à chaque fois qu'un diesel passera dans la rue.

Il pleurait , 15 heures par jour en moyenne le premier mois. A 18 mois, il commençait les caprices et les colères, se roulant par terre, se cognant la tête par terre pendant une demi-journée. A 3 ans, ces colères ne duraient « plus que » 2-3 heures mais devenaient plus dévastatrices : pipi par terre, lancer des caisses de jouets contre les murs, renversement des étagères de jouets, arrachage du papier peint. A 5 ans, la raison prenant le pas sur la colère, la parole aidant à extérioriser les sentiments, l'âge aidant à la maîtrise des émotions, il est devenu un petit garçon très sage, très raisonnable, trop raisonnable..et parfois de nouveau très « dur », quand les sentiments primaient sur la raison.

A 8 mois, je m'étonnais qu'il ne joue pas. J'avais beau lui montrer comment jouer , il ne voulais même pas toucher aux tableaux d'éveils et autres jeux pour bébés. Et puis à 9 mois, cela lui a pris d'un coup, il a pris un tableau et a fait toutes les activités d'un coup, sans se tromper... Il a toujours fait ainsi, progressant par bonds énormes, du tout ou rien. On avait l'impression qu'il ne voulait faire quelque chose que quand il le maîtrisait complètement. Plus tard, cela s'accentua encore et à 5 ans, il refusait catégoriquement de faire du vélo ou toute autre activité qui le mettait en difficulté. Je l'avais remarqué et m'en inquiétais en pensant à l'entrée en primaire: que faire si il se bloque à la lecture ???? On me rétorquait alors que je grossissais les choses. En fait c'était déjà les conséquences de son rapport avec l'échec.

Cependant, certaines acquisitions se faisaient très rapidement . A un an, Mael encastrait parfaitement des formes complexes comme des étoiles, des octogones parmi les classiques ronds, carrés, demi-lunes. Il n' a commencé les puzzles qu' à 2 ans et demi (refus avant) mais par des puzzles de 8 pièces puis 12 très rapidement et 24 avant ses 3 ans. A 6 ans, il fait des puzzles de 200 pièces seul du premier coup (de toute façon cela ne se peut pas autrement, car il refuse toujours de se trouver en position de difficulté).

C'est un enfant qui a été très dur, très provocateur, refusant l'autorité et cela dès 15 mois. Il faisait des colères épouvantables qui duraient des heures pour un rien et rien ne pouvait plus le calmer. Nous étions désemparés car l'autorité provoquait des crises phénoménales et nous étions tentés de les éviter mais il fallait aussi l'éduquer !!! Ce fut une période très dure, mais à 5 ans, Mael a pu être réceptif à la raison et depuis est un enfant modèle, étonnant par sa maturité.

En même temps que sa « raison » sont apparus une perte de confiance en lui et un besoin d'être rassuré. Il culpabilisait au sujet de son enfance et j'ai du lui expliquer des centaines de fois que ce n'était pas de sa faute et que pour nous, il était adorable. Toujours insister sur ses qualités et l'amour que nous lui portions. Tout à basculé en milieu de son année de grande section maternelle, quand il a eu un soucis avec son meilleur ami à l'époque ". Cela a pris une ampleur démesurée et il en est arrivé à penser qu'il ne valait rien, qu'il était mauvais et qu'il méritait les soucis qu'il avait alors.

La non-intervention des adultes (afin de lui permettre de résoudre seul ses problèmes) lui a fait perdre confiance en eux et en leur rôle de protection. C'est là qu'il a commencé à dire qu'il ne méritait que des baffes. Je pense qu'il en est arrivé là à cause du fait que pour lui, les autres avaient le droit de le battre sans être punis et pas lui....

Il ne me disait rien à la maison, il ne disait rien à l'école. Je voyais bien que cela n'allait pas mais il refusait de me parler. Il l'a fait quelque temps plus tard sous mon insistance quand je remarquais des bleus le long de sa colonne vertébrale... C'est à ce moment là que j'ai su le calvaire que vivait mon petit bonhomme et pourquoi il refusait d'aller à l'école et aussi pourquoi il avait des douleurs au ventre (je croyais à l'appendicite).

Pour lui, nous avons pris RV avec la psychologue scolaire, nous le sentions traumatisé... Mais avant ce RV, tout c'est précipité. Son père l' a surpris un après-midi en train de sauter par la fenêtre. Il voulait mourir parce qu'il était nul.... Départ précipité au Centre d'Accueil Permanent où le psy diagnostique une dépression nerveuse. Nous avons très vite été orientés vers une pédo-psy qui le suit depuis. Nous avons alors compris pourquoi il se mettait en colère quand son dessin pourtant beau était raté. Il ne s'autorise pas l'échec et la moindre défaillance le met dans tous ces états. Il comprend tous nos problèmes d'adultes mais n'a pas l'âge de les assumer. C'est là qu'on nous a appris qu'il dessinait en perspective ( pas que nous ne l'avions pas vu mais nous pensions cela normal), que ses questions sur la circulation sanguine, l'évolution, la force de coriolys n'étaient pas des questions de son âge, nous nous sommes aperçus qu'il savait lire (tout au moins déchiffrer), etc....

En fait,il nous donnait un bel exemple d' 'automutilation ou" d'effet Pygmalion négatif " (cf Terrassier). Pour se conformer au moule et aux autres, un EIP mutile parfois ses capacités pour paraître plus dans les normes. Cela peut provoquer une grande angoisse et un sentiment d'infériorité car l'enfant se sent différent et voit bien qu'il ne fait pas ce qu'on attend de lui... Dans le cas de Mael, en plus de l'incident, il s'est mis à vouloir en finir avec la vie et à se gifler jusqu'au sang à la moindre contrariété. C'est épouvantable de voir son enfant se faire mal ainsi...On se demande ce qu'on lui a fait pour le mettre dans cet état.... Mais son cas est un peu extrême je pense! Ne vous affolez pas! ;-)

Et puis j'ai eu aussi une explication pour ces épreuves de forces qu'il nous a infligées jusqu'à présent. Il culpabilise beaucoup pour toutes ses erreurs et craint qu'on ne l'aime plus un jour. Alors pour voir , pour se rassurer, il fait un caprice le plus dur possible, le but étant de nous pousser à bout (donc l'indifférence souvent salutaire dans ce cas là, provoque chez lui un redoublement des caprices...) pour voir si après avoir fait l'insupportable, on l'aimera encore. Bien sûr, il est rassuré sur le moment mais viennent vite les remords et la peur qu'à cause de cela, on ne l'aime plus. Et on retombe dans le cercle vicieux...

Maintenant que nous l'avons cerné et que nous lui apportons les réponses qu'il attend, il renaît, se « lâche » enfin, se permettant de faire en classe les dessins qu'il fait à la maison. Il a passé un test de QI qui a confirmé sa précocité, son manque de confiance en lui, sa peur de l'échec, son perfectionnisme. Il semble très soulagé d'avoir fait ce test : soulagé qu'on fasse attention à lui, qu'on prenne les choses en main, qu'on mette des mots sur ses souffrances, qu'on lui montre qu'il n'est pas bête, qu'il est aimable et qu'on a de vraies raisons d'être fiers de lui. Non pas qu'ils nous en faille, mais il a toujours réagi à nos compliments en nous faisant comprendre qu'en tant que parents, on était obligés de le trouver formidable, même si il ne l'était pas. Parce que cela aussi est une de ses caractéristiques : il n'a jamais été dupe de nos petits « trucs »de parents. Il a toujours compris les tours de magie, sait depuis tout petit quand on « triche » pour le faire gagner et sait aussi pourquoi on le fait.

Il a un sens social très développé et agit parfois comme un petit adulte : il faut sans cesse lui rappeler qu'il n'est qu'un enfant de 6 ans, avec des émotions d'enfant de 6 ans .



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