Un parcours scolaire atypique
Hélène est ma fille, et elle a tenu à apporter aussi son témoignage car
elle est outrée et agacée des éternelles niaiseries télévisuelles. J'ai
compris sa précocité quand elle avait 2 ans et même avant, mais elle n'a
passé des tests qu'à l'âge de 10 ans car il n'y avait dans notre région
(Finistère Sud ) aucun psychologue qualifié. Étant donné ma méfiance naturelle,
(bien m'en a pris) je n'ai pas voulu la mettre entre les mains d'une psychologue
scolaire. Car si vous entrez dans le système éducatif, vous vous trouverez
confrontés aux idées reçues, serez contraints à des demandes de dérogations
si vous souhaitez un saut de classe et elles vous seront systématiquement
refusées. Car l'Éducation nationale est farouchement opposée aux sauts
de classes. Comme généralement le saut d'une année ne sert à rien, vous
vous trouverez bloqué dans votre démarche et vous ne pourrez plus rien
faire car dans le dossier scolaire de votre enfant, il y aura un refus.
J'ai donc attendu que s'installe à Rennes une psychologue qui m'a été
recommandée par l'AFEP. Une personne très bien, ayant elle-même un petit
garçon qui avait 8 ans à l'époque et 3 ans d'avance scolaire, les relations
n'ont pas été les mêmes qu'avec le corps enseignant ! Pendant toutes ces
années il a fallu affronter le système éducatif sans avoir passé les tests
de QI, mais en sachant qu'Hélène était précoce, donc en réfléchissant
au meilleur moyen de passer à travers les mailles du filet pour qu'elle
puisse être scolarisée dans une classe qui corresponde à ses besoins et
non à son âge réel. Ceci sans jamais demander la moindre dérogation qui,
nous le savions, nous aurait été refusée.
Les parents ne devraient jamais se laisser intimider par les enseignants,
la hiérarchie, etc. ... Par exemple, Hélène a sauté la grande section
de maternelle et le CP, puis le CM2. À ce moment là, si j'avais suivi
la voie hiérarchique, elle n'aurait jamais pu sauter cette classe et serait
sans doute aujourd'hui en échec scolaire. Je suis donc passée outre l'avis
de l'instituteur qui ne comprenait pas et outre l'avis de l'académie qui
a piqué une grosse colère mais Hélène est entrée en 6ème dans un collège
privé comme nous le souhaitions. Ensuite elle a beaucoup souffert au collège
mais pas du tout parce qu'elle ne s'adaptait pas selon le sacro saint
cliché, car un EIP s'adapte parfaitement aux diverses situations, mais
à cause des professeurs qui étaient contre l'avance scolaire et l'ont
harcelée journellement, jusqu'à ce que je me fâche très fort ! Et par
la suite à cause de deux élèves de 14 ans qui en avaient fait leur bouc
émissaire, jusqu'à la mener vers la dépression. Ceci sous le regard complaisant
des profs qui étaient tous au courant. Étant donné l'incompréhension du
milieu éducatif et la bêtise doublée de méchanceté des élèves, n'ayant
aucun autre choix nous avons décidé de la retirer de l'école.
C'était au premier trimestre de 3ème. Depuis elle suit des cours par correspondance
à la maison et si ce n'est pas la panacée, elle ne souffre plus et a repris
confiance. Pour être honnête, il faut dire que c'est très difficile, car
les cours du CNED, sont particulièrement rébarbatifs, brouillons et compliqués.
Quant aux correcteurs !!!! Pour les cours par correspondance, il faut
que les parents soient omniprésents, veillent à ce que le travail soit
effectué et qu'ils puissent aider en cas de besoin. Un EIP n'est généralement
pas un accro du travail scolaire, mais quand il a été dégoûté, il faut
une bonne dose de ténacité pour pouvoir surmonter les moments de découragement,
les inévitables conflits et le spectre de l'échec scolaire.
Hélène est maintenant en Première S et nous arrivons au bout du cycle
sans qu'elle n'ait jamais redoublé. Elle désirerait faire son année de
Terminale en Lycée, pour bénéficier des conseils pratiques pour le Bac,
pour connaître le niveau demandé en sport, pour les TP. Bref, pour le
côté pratique surtout, c'est plus sécurisant à la veille d'un examen comme
le Bac, mais c'est très faisable à la maison à condition d'être sérieux
et rigoureux. Mon 1er coup de téléphone lundi dernier, dans un lycée public
nous a tout de suite éclairés. Dès qu'on a su qu'elle venait du CNED parce
qu'elle avait trois ans d'avance, la porte s'est refermée. Dun seul coup
"le proviseur était très occupé" (paroles de la secrétaire) et depuis
évidemment j'attends mon rendez-vous. Je m'en suis occupée et attends
une hypothétique réponse ! Depuis nous avons trouvé un lycée (privé évidemment
!), ravi d'accueillir Hélène. On lui a même proposé de venir suivre les
cours qui l'intéressent à la carte, dès la fin des vacances de Pâques.
Espérons que tout ce passera bien....
Quoi qu'il en soit, nous avons déjà fait un bon bout de chemin seuls
et nous poursuivrons si on ne veut pas d' elle. Hélène a tellement souffert
et nous nous sommes tellement battus que si nous pouvons aider ne serait-ce
qu'une seule personne, c'est avec plaisir que nous le ferons. Je vous
en prie faîtes paraître ce témoignage et vous pouvez faire savoir que
je répondrais volontiers aux personnes (concernées) qui veulent poser
des questions. Le parcours d'Hélène a été assez atypique, mais nous ne
pouvons que nous en féliciter. Ce témoignage est évidemment le raccourci
de 11 ans de batailles (depuis son entrée à la maternelle, tout a commencé
là). Mais j'ai réalisé très vite ce qui arrivait (ce décalage avec les
autres enfants) et j'ai très vite compris l'incompétence de l'instituteur.
A partir de là, il a fallu se battre contre un autre instituteur, puis
des profs de collège, puis des élèves, puis à nouveau un directeur, puis
l'académie, puis une psychologue et enfin le CNED.
Je ne pousserai personne à retirer un enfant de l'école. Il s'agit uniquement
d'un choix personnel. Mais il y a deux choses qu'il faut savoir : 1) Contrairement
à ce que croient beaucoup de personnes, la scolarité n'est pas obligatoire.
C'est l'instruction , qui l'est. 2) Il est préférable de retirer un enfant
d'un système qui le maltraite plutôt que le laisser souffrir et s'embourber.
Soit disant au nom de la socialisation, un enfant devrait rester se faire
martyriser à l'école. Je dis NON ! Là encore j'ai dû taper sur la table.
Nous ne sommes pas des sauvages, nos enfants rencontrent des amis, des
relations, ont des activités extérieures. Et, Dieu merci, il y a une vie
en dehors de l'école.
Cordialement, Catherine, Hélène, Michel. (29)
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