Des enfants décrocheurs qui raccrochent, ça existe !

Publié le Catégories L'école et les enfants précocesMots-clés
L'enfant précoce à l'école, cancre ou surdoué ?

Parmi les 6 profils d’enfants intellectuellement précoces, celui de l’enfant décrocheur concerne bon nombre de parents. Il est en effet fréquent que des collégiens, voire des lycéens, jusque là bons élèves voient subitement leurs résultats scolaires décrocher, apparemment sans raison.

Aider ces enfants à remonter la pente est une vraie gageure. Pourtant, des solutions existent. Nous vous livrons ici les témoignages de trois lectrices d’Enfants Précoces Info qui, confrontées à ce problème à des titres divers et dans des conditions différentes ont pris des décisions qui leur ont permis de remonter la pente.

Nathalie : mon fils décrocheur a été détecté à haut potentiel après son petit frère

Mon fils de 14 ans est en classe de 4ème. Après une scolarité satisfaisante, mais sans plus, à l’école primaire et un premier trimestre moyen en 6ème, ses résultats ont subitement chuté et, au collège, chaque passage en classe supérieure à été une bataille de la dernière chance. Nous avons mis ça sur le compte d’une rupture définitive des liens avec son père, à sa demande et pour cause de graves manquements à ses obligations parentales, répétés durant 3 ans. Aujourd’hui, nous savons, son beau-père (qui l’élève comme son propre fils aîné depuis ses 3 ans et dont il est très proche grâce à cette considération) et moi, que nous sommes passés à côté de son surdouement durant près de 13 ans !

Son demi-frère a été testé et détecté enfant précoce à l’âge de 6 ans, à la demande des enseignants, du fait de résultats scolaires d’une rare excellence, des questions bien trop pointues qu’il posait, de ses connaissances et de ses facultés de déduction impressionnantes. Il avait cependant d énormes difficultés relationnelles avec les autres enfants, une encoprésie inexplicable en l’absence de troubles physique ou psychique (nous ne comptions plus les examens effectués pour en trouver la raison). Après ce diagnostic de très haut potentiel, la question de la précocité s’est inévitablement posée pour notre collégien devenu un cancre fainéant aux yeux de ses professeurs.

Pour bien comprendre l’histoire de mon fils aîné, il faut savoir que nous sommes une famille dite recomposée de quatre personnes. Mes deux fils ont donc des pères biologiques différents. Mais celui de mon aîné a finit par perdre la garde alternée au bout de 8 ans, puis son droit de garde, définitivement.

Rassurez-vous mon fils n a pas été battu, torturé ou subi de quelconques violences. Simplement son père n’assumait sa paternité qu’en de rares occasions et un jour il en a eu assez d’espérer pour rien même une simple petite attention. De lui-même, il a pris la décision de couper les liens.

Toutes ces années de focalisation sur les soucis de notre fils avec son père ont « masqué » son haut potentiel. Il était considéré comme l’enfant trop mûr pour son âge à cause des expériences douloureuses qu’il avait vécues. Cependant, tout ceci nous a amenés à être très soudés tous les quatre. Il n’est pas question de parler de demi-frère ou de beau-fils entre nous. Donc, quand vient un rendez-vous important pour l’un de nous, nous nous y rendons tous ensemble pour soutenir celui qui en a besoin.

Il en a été ainsi pour le rendez-vous de test de mon plus jeune garçon. La psychologue a pu nous voir tous les quatre et interagir avec chacun d’entre nous. Et le jour du compte-rendu après nous avoir abasourdi avec les résultats incroyables d ‘Ethan, elle a ajouté : « Mais de tels résultats n’ont rien d’étonnants puisqu’il évolue au quotidien avec trois autres hauts potentiels ! »

Nous sommes tombés des nues, nous savions pour mon mari…. Mais pour Christophe et moi !? Pas du tout !

Et soudain tout s’éclaire ! Nous mettons en place les changements nécessaire pour notre cadet et les changements positifs tombent en cascade. Nous décidons alors de faire passer le test à son frère. Au moment du bilan avec la psychologue, le diagnostic de haut potentiel avec le profil d’adolescent décrocheur est tombé.

Nous avons dû lui redonner confiance en lui, travailler avec lui tous les jours, vivre ses victoires, même petites, à fond avec lui, lui payer des cours interactifs et ludiques adaptés à son âge et gérer la crise d’adolescence d’un haut potentiel au caractère sobre et têtu.

Nous avons aussi multiplié les entretiens avec ses professeurs, CPE…. que nous avons du convaincre de la véracité de nos dires. Il a même fallu leur fournir les recommandations du ministère de l’Education Nationale et d’autres informations apportant des conseils pour l’aménagement de la scolarité de notre fils. La bataille dura deux ans, avec un jeune qui souffrait à la maison et avait perdu toute confiance en ses capacités scolaires, qui ne travaillait plus du tout. A la fin du premier trimestre de 4ème, sa moyenne générale était tombée à 6 sur 20.

Mais tout a fini par payer. Seulement deux mois après avoir enfin obtenu les aménagements de sa scolarité correspondant à ses besoins spécifiques, sa moyenne générale est remontée bien au-dessus du simple 10 ! Et elle continue de monter; Mais, plus important encore, notre fils est devenu joyeux au quotidien et fait preuve de spontanéité. On dirait qu’il a enfin prit pleinement vie !

Christine : agir le plus tôt est nécessaire

Durant un an, en CE2 et CM1, mon fils a suivi à domicile les cours du CNED avec l’accord du rectorat et, donc, une prise en charge financière des frais d’inscription par l’Etat. Il a de lui-même souhaité retourner à l’école pour le CM2. Le retour en classe fut un peu difficile au niveau relationnel mais constitua une réelle ouverture pour mon garçon.

Arriva le moment d’entrer en 6ème. Cette première année de collège fut bonne sur le plan scolaire mais catastrophique au niveau du rapport aux autres (encadrants comme élèves). Puis la 5ème démarra, pleine d’envies et là, dès fin novembre, la catastrophe : chute des résultats, violence physique et verbale, gros soucis sans aucun cadre de la part des adultes. En 3 jours décision fut prise de sortir temporairement notre fils du collège, tout en conservant le lien scolaire avec son établissement : maintien du rythme et travail à la maison avec les livres et l’Internet, en fonction du planning scolaire, envoi par mail à l’établissement de ses productions…

En parallèle, nous avons entamé un travail avec une psychothérapeute. Notre fils a bénéficié d’un arrêt médical d un mois. Nous l’avons laissé poursuivre ses activités annexes sportives et culturelles mais non scolaires pour qu’il conserve une vie sociale.

D’un autre côté, j’ai rencontré individuellement chaque enseignant. On ne change pas les choses en un instant mais j’ai au moins pu exprimer les limites que nous avions fixées à notre fils pour son retour : respect des consignes, obligation de faire ce qu’on lui demande- dans le cadre du travail scolaire- même si cela lui  semble parfois absurde, ne pas oublier ses affaires, effectuer le travail demandé, ne pas traîner avec les mauvaises personnes, être plus concentré pour gagner du temps. Et idem avec les encadrants : nous prévenir immédiatement en cas de décrochage, le changer de place et de ne plus lui imposer de travailler avec deux personnes en particulier.

Le 2 janvier, notre garçon est retourné au collège, briefé et reposé émotionnellement. Le 3, il m’a proposé un contrat de bonne conduite : une semaine sans remarque des professeurs = 5 euros. Il parraine désormais un enfant aux Philippines avec l’argent qu’il gagne à s’accrocher. Ses notes ont remonté mais dans la discussion on sent bien néanmoins que c’est toujours difficile pour lui bien que mieux vécu.

Avec le recul, il faut vraiment agir le plus tôt possible et il serait nécessaire que les enseignants soient suffisamment sensibilisés pour pouvoir dire : Là, il se passe quelque chose. Trop d’enfants passent à travers, trop de parents n’osent pas s’imposer face à la toute puissance apparente de l’Education Nationale. J’ai eu droit à « ce n’est pas un enfant précoce », « il faut absolument le ramener au collège », « il ne faut pas l’isoler » !

Notre fils a un profil psychologique particulier (137 au tests de QI avec item à large variance, analyse synthèse au taquet, apprentissage dans la norme, émotionnel énorme, on a même pensé à un côté autistique), discret et plutôt calme de nature, très angoissé, agressif envers lui-même. Comme il n’est ni insolent ni rebelle il avait le profil idéal du bouc émissaire.

Je ne cache pas que chaque jour est difficile avec ce type d’enfants là car on a souvent l’impression d’être manipulé. Mais une chose ne trompe pas, c’est la nuit : un enfant qui dort mal saigne du nez en dormant, dort enroulé comme un ressort, vomit, un enfant qui commence brusquement à ne plus aimer les choses qu’il adoraient, un enfant qui n’arrive plus à apprendre, dont l’écriture change etc, AGISSEZ sans attendre car plus on s’y prend tôt plus on a de chance de parvenir à redresser la barre.

Parfois cela ne va pas chercher bien loin : expliquer qu’on n’est pas obligé d’avoir un (ou plusieurs) meilleur ami à l’école, encore moins dans sa classe car papa et maman ne sont pas forcément copains avec leur collègue de travail ou leur patron, qu’on doit respecter l’autorité de celui qui la possède même si elle est contestable- car le prof à toute puissance une fois la porte du collège fermée- à condition que cela reste dans le cadre légal et donc communiquer ce qui semble bizarre car cela nous permet à nous, parents, de combattre cette autorité lorsqu’elle est injuste, expliquer aussi que parfois même papa maman font un travail qui ne leur plait pas mais que c’est un passage obligatoire et nécessaire.

Notre fils semble avoir passé un cap. Il vient juste d’avoir onze ans donc je m’attends à ce qu’il y en ait d’autres. Nous restons vigilants et nous ne mettons pas en avant sa précocité, il est ainsi, chacun doit apprendre à vivre avec ses singularités et quels que soient ses petits avantages ou inconvénients. Il est aussi important de trouver la motivation de nos enfants, sans tabou. Pour ma première fille c’était la confiance. Elle a créée son entreprise à 19 ans. Pour la seconde, c’était l’argent. Je l’ai scolarisée dans le privé. Elle a payé ses études avec son argent de poche. Elle a fini dans le peloton de tête en Master d’école de commerce. On m’avait pourtant dit qu’ elle ne ferait pas d’études longues. Mon troisième enfant, le plus conflictuel mais on y arrive tout de même, lui, c’est l’humanitaire et le quatrième suit encore trop jeune pour savoir ce qu’il en ressortira mais ça promet déjà.

Donc aux parents d’enfants précoces, décrocheurs ou pas (surtout avant qu’ils ne le soient), soyez vigilants mais non obsédés et faites toujours ce qui vous semble bon pour votre enfant et n’oubliez pas : l’école n’est pas le seul endroit de savoir et de sociabilisation bien qu’elle soit « plus confortable » à première vue, varier les « plaisirs » et pourquoi pas voyager, poser les valises, s’aérer pour mieux revenir, ou pas sont aussi des possibilités d’épanouissement.

Audrey : mon parcours d’ex-décrocheuse

J’ai compris récemment, suite au test passé par mon fils, que ce monde duquel je me sentais si différente, était bien… différent du mien. Je vous dis ça parce que, adolescente, j’ai justement « décroché », sans savoir pourquoi. Déjà au collège.

Alors que j’avais quasiment toujours été la 1ère de ma classe, je me suis complètement désintéressée des études. Je ne comprenais ni ces élèves que je trouvais « bêtas », avec leurs moqueries et qui ne savaient pas profiter de tout ce savoir mis à leur disposition, ni ces profs (quelques-uns font évidemment exception) qui me rabrouaient à chaque question que je posais, et encore plus quand je voulais des précisions. Au fil des ans, mes camarades de classe m’ont un peu érigée en porte-parole. Dès que l’un d’eux avait une question qu’il n’osait pas poser (de peur d’être rabroué) il passait par moi car que je n’admettais pas de ne pas obtenir de réponse.

Passé mes 16 ans, à l’âge où l’école n’est plus obligatoire, j’étais incapable d’accepter le fait que les adolescents se comportent comme des enfants (qui pouvaient bien quitter l’école quand ils le voulaient, et donc aussi arrêter de casser les pieds à ceux qui veulent apprendre), ni le comportement des profs qui, en retour, me prenaient pour une enfant : pour eux, si j’étais là, c’était bien consciente que je n’étais pas obligée, c’était par choix personnel !

Finalement, je suis devenue très insolente jusqu’à ce qu’une Conseillère Pédagogique d’Education m’échange 2 heures de colle et un exclusion provisoire contre une brochure du CNED ! Et j’ai passé mon bac par correspondance. Au calme. En responsabilité.  Ça m’a redonné confiance en moi (il faut dire que j’ai eu des parents formidables) ! Parce que se sentir seule aussi longtemps, ça n’a pas été évident : on en vient alors à se dire qu’on a un sérieux problème étant donné que, visiblement, tous les autres se ressemblent, ce sont « eux » la norme.

Si j’ai été aussi précise dans mes ressentis c’est vraiment pour que vous compreniez ce qui se passait dans ma tête à ce moment là. Et je témoigne en tant que « surdouée », auquel je préfère le terme « hyperstésique », épanouie, maman, et à qui tout réussit aujourd’hui !

Réagissez, racontez votre expérience réussie

J’espère que ces témoignages auront permis à certains d’entre vous de reprendre espoir. Je vous invite à les commenter, à en discuter et, pourquoi pas, à publier votre propre témoignage pour aider nos visiteurs à y voir plus clair lorsqu’ils se trouvent confrontés aux difficultés d’un enfant décrocheur.

Vous pouvez également découvrir sur EPI le parcours d’Edwyn Beauvery, ex-décrocheur et bachelier à 22 ans avec des résultats qui l’honorent.

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