Créons ensemble une école pour tous les enfants, à haut potentiel ou non !

Publié le Catégories L'école et les enfants précoces, Méthodes pédagogiques, Témoignages
Enfant précoce et TDAH

Imaginez le cerveau. Vous voyez les neurones s’envoyer des informations sous forme de flash lumineux ? Le cerveau d’une personne à haut potentiel est un peu particulier. Son cerveau est illuminé par des milliers de flashs constamment. Quand il entend un mot, voit une image, les neurones s’activent faisant des liens en arborescence, tel un immense arbre qui pousserait à une vitesse folle.

Fabuleuse machinerie qui leur permet de faire des liens entre toutes les informations mais machine infernale qui ne permet pas de se reposer. Combien de fois mes fils m’ont demandé « Maman comment on débranche ? Il y a un bouton ? Cela m’épuise, je n’en peux plus… ».

100 idées pour accompagner les enfants à haut potentielJe m’appelle Claire, professeur des écoles depuis 6 ans, moi-même à haut potentiel (décelé il n’y a qu’un an…), je suis maman de 3 enfants précoces.
Je pense m’être reconvertie dans le métier de l’enseignement à cause de la souffrance que mes enfants subissaient dans le milieu scolaire (privé comme public). Cela me révoltait et j’avais la certitude que l’on pouvait faire autrement. Mes enfants n’avaient pas été reconnus à cette époque comme EIP mais, comment ces bambins si vifs, si pleins de questionnements constants pouvaient s’éteindre complètement à l’école ? Pourquoi ces gamins qui voulaient tout savoir (le nombre de « pourquoi » de mes jumeaux était incessant ! Quand l’un s’arrêtait, l’autre relançait…) ne s’épanouissaient pas dans LE lieu des apprentissages ? Il me semblait nécessaire d’agir de l’intérieur.

Ce n’est qu’une fois mes études finies et mon diplôme en poche que j’ai appris que mes deux fils et ma fille n’étaient pas des enfants « difficiles, dys-quelque chose» mais juste précoces. Et ce n’est qu’après une psychothérapie de plusieurs années que j’ai compris que ma réorientation professionnelle était liée à la souffrance que moi-même j’avais subie à l’école.

Je ne prétends pas avoir les « solutions », mais au vu de mon parcours, je décèle relativement facilement les élèves précoces et il me semble utile que nous puissions mettre en commun nos expériences et nos « astuces ».

Dans notre travail de professeurs des écoles, les enfants à haut potentiel sont particuliers. Ils sont rarement en réussite scolaire, souvent malheureux au sein de l’école, reclus dans leur coin, souvent sans relation avec les autres enfants de leur âge. Difficile de les voir comme précoces ces gamins qui rêvent en classe (leur cerveau est parti ailleurs à partir d’un mot…), qui interrompent la classe pour parler de tout autre chose (ils ont fait un lien que nous n’avons pas fait), qui dessinent ou jouent avec leur gomme (ils essaient d’occuper leur cerveau pour pouvoir écouter).

Ce gosse qui s’ennuie dans son coin (« je le sais déjà, ça m’intéresse pas »), qui écrit si mal (« ben t’as compris ce que je voulais dire, ça suffit non ? »), qui ne supporte pas la répétition des exercices (« je sais faire… c’est bon »), qui ne supporte pas l’échec (« je dois tout réussir et comprendre du 1er coup, sans avoir à apprendre… ») ; ce gosse tout à coup lève les yeux, s’intéresse, a une fulgurance, comprend le but de l’apprentissage et s’intéresse.
C’est à ce moment-là que je les repère. Ce moment ténu où l’enfant éteint en classe s’illumine.

Je voudrai vous parler de 2 garçons dont j’ai croisé la route. Je les appellerai Arek et Yon.

Arek est un enfant adopté, fils, petit-fils, neveu unique d’une grande famille, il est joviale, heureux de vivre. En CE1 Arek écrit très mal, ne s’intéresse pas du tout en classe, dessine beaucoup lors des leçons ou joue avec sa gomme métamorphosée en tracteur avec le bruit et tout…. En récréation il crie très fort, fonce sur les autres élèves pour leur « faire peur », effrayant les plus jeunes de cette classe unique. Il n’a pas vraiment d’ami, « il est fatiguant, il nous embête ». Estampillé « élève difficile ». J’essaie de le canaliser, de l’intéresser, mais il va souvent beaucoup trop loin, se perd dans des raisonnements qui semblent hors sujet , ou, le plus souvent, ne fait rien et continue sa vie dans son monde.

Et puis un jour… Nous travaillions sur le corps humain et je présente à ma classe une radio de l’épaule d’un de mes fils. Et là ! L’étincelle ! Arek semble enfin avec moi. Il regarde intensément la radio, n’en a jamais vu mais pourtant lève le doigt pour dire « Maîtresse, il y a un problème. L’os est cassé au niveau du haut, normalement le rond devrait être dans l’épaule et là il est sur le côté » (mon fils avait eu une fracture de la tête de l’humérus qu’un chirurgien avait mal réduite. L’os était en effet ressoudé de guingois). C’est à ce moment précis que je l’ai vu cet enfant différent, que je l’ai reconnu. Je pouvais l’intéresser, je pouvais enfin le capter.

A partir de là, j’ai mis en place une organisation du travail un peu différente pour lui : de l’élève difficile je l’ai fait passer à tuteur d’un de ses copains en grande difficulté, il allait l’aider lorsque l’exercice était un peu compliqué, il l’obligeait à se concentrer lors des exercices (l’autre préférant souvent dessiner lui aussi car le travail était dur). Arek s’est illuminé, je l’avais vu et cela lui suffisait. De ce jour-là, il a accepté de faire des efforts sur l’écriture et l’orthographe. Par contre il fallait donner du sens, partir sur l’étymologie des mots pour que cela ait du sens, lui prouver que s’il écrivait mal, les autres ne pouvaient pas travailler avec lui. J’ai aussi mis en place des temps d’exposé hebdomadaires, il m’a fallu le freiner car il aurait pris tous les créneaux.

J’ai parlé avec sa maman, expliqué que son enfant était « différent », qu’il ne réfléchissait pas comme les autres et qu’il serait bien qu’il aille voir une psychothérapeute pour l’aider à comprendre les autres enfants, à créer les liens sociaux qu’il ne comprenait pas. J’ai vu le soulagement dans les yeux de cette maman. Elle aussi je l’avais vu, j’avais compris la douleur de cette famille de voir cet enfant si intéressant à la maison être « le cancre » de cette petite école.

Arek n’a plus eu que des leçons à apprendre à la maison, j’ai proposé à la mère de les lui lire une fois puis de lui faire expliquer ensuite. Cela était suffisant. Seules les poésies devaient être sues par cœur, « pourquoi connaître par cœur, n’importe qui le peut, ce qu’il faut c’est comprendre ».
J’ai préconisé qu’elle le fasse écrire dans des situations réelles afin de toujours accéder au sens. « Pourquoi faire des lignes d’écriture si ça ne sert à rien ? » Il écrit la liste de courses pour que maman puisse y aller et réussisse à le relire seule. Et surtout je lui ai proposé de le responsabiliser afin de l’aider à grandir. Ce gamin un peu trop « bébé » pour son âge préférait jouer avec les plus petits ou parler avec les adultes. Il fallait qu’il trouve SA place.

Il a eu la responsabilité de rentrer les brebis seul avec le chien, a été inscrit au club de rugby où son gabarit lui a permis de se faire remarquer. Arek s’est épanoui et est devenu un élève attentif.

Malheureusement j’ai dû quitter cette petite école et lorsque j’ai recroisé Arek un an plus tard, j’ai revu l’enfant triste, trublion… Je rêve que cet enfant recroise le professeur qui verra en lui l’étincelle.

J’ai eu Yon dans ma classe deux années : lorsqu’il était en CE1 et pour son CM2. Il a été plus difficile de repérer ce petit garçon, plutôt amorphe, plutôt bébé, pas bien « dégrossi » comme on dit. Yon avait des amis mais était souvent en conflit avec eux. Pourtant il avait toujours le mot qui fuse, le verbe facile et l’humour à bon escient.

Ce n’est qu’en CM2 que j’ai repéré l’étincelle. Il était capable de retenir après une seule écoute, redonnant le texte sans erreur. Comment ce gamin faisait-il ? Interrogation orale parfaite mais l’écrit… une catastrophe. Concentration maximale de 5 minutes mais lorsque quelque chose l’intéressait il passait des heures à travailler dessus.

Des parents adorables, aimants, la place de petit dernier. Un papa pour qui « il est le digne fils de son père, nul à l’école ».

J’ai été aidé par la psychologue scolaire. Il fallait comprendre ce qui freinait.

Au sein de la classe, nous avons très rapidement compris que l’aide personnalisée en fin de journée ne donnait rien. J’ai alors mis en place pour lui de la gestion mentale dans la classe. Nous avons commencé en expliquant comment fonctionnait le cerveau pour retenir les informations, dessin à l’appui, ce qui a fait aussi beaucoup de bien aux élèves en difficulté.

Puis j’ai travaillé les leçons en utilisant les cartes mentales pour les élèves qui le désiraient. Cette espèce d’arborescence permettait de mieux retenir les liens qu’il y avait notamment en grammaire. Au fur et à mesure de l’année nos cartes mentales de la nature et de la fonction des mots ont envahi les murs de la classe. Yon n’avait de cesse que de remplir les branches vides.

Pour l’orthographe, l’étymologie (toujours elle) et les liens avec les mots de la même famille ont fait des miracles. La chasse aux mots était ouverte, la pensée en arborescence, les liens faits tout au long de ses années d’école prenaient du sens.

Le travail sur la lecture à haute voix théâtralisée aussi a beaucoup épanoui Yon. Il était en difficulté de lecture, phénomène très courant pour les EIP car le cerveau et les yeux vont plus vite que la parole, les yeux sont à la fin de la ligne alors que la voix commence la phrase. Souvent les élèves précoces transforment des mots par d’autres différents mais ayant le même sens. « Voyage en bateau » deviendra « voyage en voiture » pour ceux qui ne sont jamais allés sur l’eau. Lire en donnant le ton était un amusement perpétuel pour lui. Il fallait émouvoir, faire peur ou faire rire ses camarades ! Quel bonheur.

Lors des leçons, je l’autorisais à prendre une petite voiture. Il avait le droit de jouer avec (sans faire le bruit, leçon prise avec Arek) pendant la classe car cela l’aidait à se concentrer.

Mais surtout, j’ai lié les apprentissages autour de projets : « nous allons écrire un livre sur notre vallée à la manière de Ponti ». Pour cela il va falloir se renseigner sur notre village, apprendre à dessiner une carte, travailler sur l’arbre généalogique, connaître les temps pour pouvoir écrire, utiliser le dictionnaire… Travailler en projet, cela donne du sens à tout ce que l’on apprend ! Yon était très fier de son livre.

Nous avons enfin fait un travail avec la maman, la guidant vers une psychothérapeute pour remettre de l’ordre dans cette famille où Yon n’avait pas la place qu’il devait avoir. Comme pour Arek « l’immaturité affective » de Yon ne lui permettait pas de grandir, entouré de parents bien trop contents de garder « le bébé » de la famille dans leur giron. Il fallait trouver une place de grand. Le passage en sixième et le suivi par une psychothérapeute lui ont permis de trouver sa place.

Ces deux histoires me font penser que nous devons, dès l’élémentaire mettre en place des pédagogies spécifiques pour ces enfants, pédagogies qui pourraient nous permettre, avant même d’avoir repéré les EIP, de les aider. Je suis persuadée que ces enfants peuvent trouver leur place dans l’école, ils sont capables de s’intégrer et d’être en réussite. Je pense que les pistes ouvertes par Freinet et Marie Montessori sont à utiliser.

Je crois qu’il faudrait travailler autour de projets pour donner du sens, il me semble aussi que le plan de travail individuel permettrait à ces élèves de trouver leur compte dans notre système scolaire.

Je ne suis pas certaine qu’un saut de classe épanouisse tous ces élèves. Ces enfants émotionnellement si différents et qui veulent habituellement réussir tout du 1er coup ne s’y retrouvent pas toujours. Par contre les classes à multi-niveaux voir les classes uniques leur permettent de s’épanouir beaucoup plus franchement.

J’ai trouvé quelques astuces en quelques années : les projets, les cartes mentales, la responsabilisation en font parties. Je suis preneuse de tout apport pour faire mieux.

Mais ma grande question reste entière quant au comment faire reconnaître ces enfants spécifiques dans les apprentissages par l’école ? Quand certains collègues et parents ne comprennent pas qu’un enfant à haut potentiel peut être mauvais dans sa scolarité ?

Comment faire pour leur faire comprendre qu’il faut nous remettre en question sur nos méthodes plutôt que de vouloir à tout prix faire rentrer les enfants dans le moule éducatif que l’on s’est créé depuis des années ? Devra-t-on créer une école différente ? A l’heure de l’intégration scolaire à tout crin et de la peur des inégalités sociales, doit-on niveler forcément ces enfants par le bas ?

Aidons-nous pour créer cette école différente au sein de nos classes afin que TOUS les enfants, à haut potentiel ou non, y trouvent leur plaisir d’apprendre !


Merci à Claire pour ce témoignage qui sort de l’ordinaire et qui démontre combien une prise en compte des besoins particuliers des enfants à haut potentiel leur est hautement profitable. Je vous invite à répondre à son appel en commentant ce témoignage ci-dessous et en apportant vos propres idées et propositions, notamment si vous êtes enseignant et que vous avez mis en place des pratiques particulières pour reconnaître et accompagner les enfants surdoués de votre classe. Vous pouvez également rejoindre le groupe « Enseigner aux enfants précoces » qui s’adresse tout particulièrement aux enseignants désireux d’échanger et de mettre en commun astuces, pratiques éducatives et méthodes pédagogiques.

Vous trouverez par ailleurs des informations intéressantes dans  notre article intitulé « Enseigner aux élèves à haut potentiel« .

14 réflexions au sujet de « Créons ensemble une école pour tous les enfants, à haut potentiel ou non ! »

  1. Bravo . . Malheureusement la torture est loin d etre fini car on nous impose de leur imposer cette violence educative et peu de profs veulent sand soucier convaincus par leur enseignements! J en ai quatre de garcons eip et l un d entre eux a tellement souffert qu il ne pouvait plus aller a l ecole phobie etc a en être Paralysé seule réponse Enquête sociale car quand j ai fini par menace le college de denoncer leur Methode ils ont déterré mon passé de vingt ans avant pour me faire taire et ils nous detruisent car je suis mere celibataire en plus! La violence educative est plus qu un petit dysfonctionnement cela fait vingt ans que je bosses ds les écoles et tous les jours je suis temoin de cette stigmatisation destruction et de cet appauvrissement qu ils imposent a nos enfants et a tous le pire sont les parents qui par confort acceptent et ce personnel communal encore moins forme ,on ajoute ces instit et profs bornes ou juste la pour les vonges scolaires!!! Chaque semaine j essai de valoriser ces enfants et ca fonctionne toujours mais je change d ecole et je ne les vois qu une fois. ..mes fils eux sont marqué a vie et deja bien cassé chaque jour je travaille a leur reconstruction et a leur faire retrouver de l amour propre il y en un qui s eteint d annee en année. .nous sommes épuisés.ceux qui ont de l argent peuvent faire aider leurs enfants des gens pauvres on ne vous aide pas on vous traite de desequilibre car sans sous ni statut etre intelligent est indecent surtout si vous etes une femme seule et mes garcons payent!!

  2. Claire nous indique la voie à suivre individuellement pour un enseignant. Malheureusement, je pense qu’en la matière (comme en bien d’autres d’ailleurs) tout repose sur la bonne volonté individuelle des enseignants. Les référents EIP mis en place dans les académies, dont tous les parents ne connaissent d’ailleurs pas l’existence, font leur travail mais ne peuvent se substituer aux personnels présents dans les classes. Finalement, un enfant à haut potentiel peut se trouver très bien à l’école une année, parce que ses besoins spécifiques auront été pris en compte par un enseignant motivé et responsable, et très mal l’année suivante, avec un autre professeur moins impliqué, voire carrément hostile. Pour les parents qui scolarisent leurs enfants, c’est usant de devoir recommencer chaque année à expliquer les mêmes choses, souvent au sein du même établissement.

    En tant que parents, nous ne pouvons guère faire plus que d’informer inlassablement les enseignants en nous appuyant sur les documents mis à disposition par les associations ou l’administration, les livres parus sur le sujet ou des sites Internet tels que celui-ci. Malheureusement, on ne peut pas imposer à un enseignant de s’informer et de modifier ses pratiques éducatives en conséquence. C’est dommage car je suis persuadé que les méthodes mises en oeuvre par Claire dans sa classe sont bénéfiques pour tous les enfants, pas seulement ceux à haut potentiel.

  3. Ce qui me laisse le plus perplexe sont les collègues qui sont persuadés que haut potentiel veut dire réussite scolaire.
    Je suis tout à fait d’accord avec Michon, hallucinant de devoir passer par le privé (donc avoir les moyens) pour sauver nos enfants. Prof du publique, maman isolée (je comprends tout à fait votre douleur Michon), j’ai mis tout de côté afin de payer collège et lycée privé à mes enfants (pas de sorties, pas de loisirs payants, pas de vacances… juste l’essentiel).
    Et pourtant c’est en tant que Professeur des écoles du publique que j’ai écrit, afin que nous collections des solutions un peu « clef en main » afin que les collègues qui sont en difficulté trouvent des solutions. Olivier a raison, une année sympa avec un prof qui est sensibilisé puis l’enfer de devoir tout recommencer… Alors mettons en commun toutes nos astuces. Peut-être qu’un professeur un peu perdu s’en emparera! Mutualisons!

  4. Bonsoir Claire. Je viens de lire votre article et je suis de tout coeur avec vos dires. Je suis également professeur des écoles et j’ai un enfant de 6 ans qui est peut-être précoce. J’ai été confrontée plusieurs fois au problème de certains enfants, d’une intelligence supérieure mais en échec car non motivés, se sentant à part, révélés précoces ensuite au moyens de tests psy.
    C’est vrai qu’en tant qu’enseignante, on arrive à déceler ces enfants, par habitude ou expérience. Mais on reste trop souvent inefficace, malheureusement, faute de formation sur le sujet. A force de se concentrer sur les élèves en difficulté, trop souvent les enfants précoces sont délaissés ou bien on leur donne juste une surcharge d’exercices au lieu de repenser la manière de leur enseigner.
    C’est vrai aussi qu’ils ont en horreur les exercices d’entraînement, non justifiés dans leurs cs, car ils comprennent du premier coup et ce de façon définitive. Vous m’avez donné quelques pistes intéressantes que je vais exploiter et je vous en remercie.

  5. Enseignante et particulièrement confrontée cette année à des enfants précoces (au moins 5/6 sur une classe de 30), nous avons mis en place en maternelle moyenne section un cahier d’activités individualisées qui fonctionne tous les après-midi. Chaque enfant va chercher son cahier et choisir son ou ses activités, s’organise pour les mener à bien, peut en aider un autre etc… et ce dans des domaines aussi divers que la motricité fine, les maths, la « lecture », l’écriture, le graphisme, les jeux de construction…
    Nous avons développé le plus possible les activités autonomes et des activités en plus pour ceux qui en avaient besoin (les ateliers du matin sont complétés par deux/trois activités complémentaires). Cela demande pas mal de boulot (j’ai eu l’impression de courir derrière eux toute l’année) mais ça vaut le coup. Aucun problème de discipline, chacun sait ce qu’il peut faire. J’ai aussi beaucoup utilisé la résolution de problème avec eux. Ils avaient toujours d’excellentes idées pour trouver une solution (et en effectuer le suivi).
    Personnellement, je m’appuie beaucoup sur le livre de Jane Nelsen, la discipline positive, qui apporte un certain nombre d’outils efficaces avec des EIP (et avec les autres).

  6. Bonjour Gabrielle,
    Cette pédagogie de laisser les élèves se gérer j’y avais pensé mais je ne l’ai par encore mis en place. Je pensais pouvoir le faire sous forme de « plan de travail » .
    Voir que c’est une méthode qui marche me laisse cette porte ouverte.
    Merci pour votre partage d’expérience.

  7. L’idéal serait de pouvoir sensibiliser les enseignants et je crois que tout doucement, ils sont informés et à force, les préjugés tomberont. Les associations font beaucoup mais manquent souvent de bénévoles actifs et ça bouge aussi dans l’éducation nationale. Chaque académie et chaque département a un référent EIP, un groupe de réflexion, la formation est en cours, trop légère pour l’instant mais petit à petit…
    Voici mon article pour sensibiliser les enseignants :
    http://lewebpedagogique.com/petitjournal/quand-l-enfant-a-haut-potentiel-n-est-pas-celui-qu-on-pense/

  8. Je milite activement pour que les propositions qui fonctionnent soient mutualisées. Se faire une boîte à outils sur le sujet, ce n’est pas du luxe !
    Ma tante qui travaille comme prof d’anglais dans un lycée avec des sections spéciales EIP a mis en place un carnet pour ceux qui ont envie de lever le doigt tout le temps . Si ils ont une question, ils l’écrivent sur leur carnet. Si la prof n’a pas répondu à la question pendant le cours, il y a un temps spécifique pour ces questions en fin de cours.
    En ce qui concerne les enfants qui font sans cesse tomber leur matériel, stylos et crayons sont accrochés à la table par des fils. Comme ça, ça ne tombe plus ! Ce ne sont que deux exemples mais ils ont mis en place des tas de petits trucs du même genre. Dommage que toute cette expérience ne soit pas mutualisée ! On gagnerait beaucoup de temps et d’efficacité ! On doit réinventer la roue chaque jour, c’est un peu fatigant !

  9. Je vous propose de commencer à répertorier les pratiques et méthodes que vous mettez en oeuvre mais aussi les petits trucs et astuces utiles au quotidien dans le nouveau groupe thématique que nous venons de créer à cette adresse : http://www.enfantsprecoces.info/groupes/enseignants-pour-enfants-precoces/ . Vous pouvez utiliser le forum, pérenne, plutôt que les notes, relativement éphémères, pour y déposer vos idées et suggestions mais aussi pour échanger sur des problèmes particuliers rencontrés en classe avec des enfants à haut potentiel. Ainsi nous parviendrons peu à peu à lister et à diffuser de bonnes pratiques concrètes, validées par l’expérience.

  10. Merci claire pour votre témoignage.

    Je suis moi-même maman d’au moins un enfant précoce (parce que testé) et d’un autre extrêmement brillant à l’école.
    Je connais la souffrance des enfants précoces mais j’avoue que mon enfant précoce n’a jamais eu de grosses difficultés pour suivre en classe même si ses résultats étaient en dents de scie. Il y arrivait sans trop se fouler. il n’aime pas l’école même maintenant à l’aube du bac avec une orientation en math sup l’an prochain…
    Dans le même temps, le second qui a d’excellents résultats sans se donner trop de mal, déteste lui aussi l’école : il s’y ennuie, il a appris à détester copieusement l’anglais parce qu’il a eu le même enseignant 2 ans de suite qui refaisait toujours la même leçon tant que tout le monde ne l’avait assimilé… lorsque je lui ai expliqué le dégoût de l’enfant pour sa matière malgré ses excellents résultats (19,5 en moyenne), celui-ci a eu l’air surpris et je lui ai demandé d’en donner plus pour mon enfant même sans lui faire de leçon car je le sentais assez malin pour se débrouiller seul voire avec mon aide. Au départ, l’enseignant a accepté puis il a fini par dire que comme mon enfant n’avait pas toujours de 20 à chaque contrôle (non seulement 19,5 !), il n’y avait donc pas lieu de lui en donner plus ! Si cet enfant n’a pas été testé, je le soupçonne fortement d’être précoce. Depuis qu’il a 9 ans (il en a 15 aujourd’hui), il a une maturité dans son travail, dans son comportement qui fascine tout notre entourage.

    Et pourtant, pourtant…. cette année, j’ai dans ma classe de CP un enfant avec 148 de QI et je suis déconcertée par cet enfant : l’oral est pertinent, l’écriture est illisible, l’orthographe n’est même pas phonétique, la lecture n’est pas précise (mais je sais que c’est à cause de sa rapidité de traitement mental : j’ai eu la même chose avec mon aîné), il bouge sans arrêt, ses cahiers sont couverts de gribouillis, il met des heures à faire son travail, il parle sans cesse en classe à haute voix même pendant les moments de silence. il bouge sans arrêt sur sa chaise. Il déteste les histoires et préfère les lectures documentaires. En maths, il a énormément d’erreurs de calculs. Lors des problèmes, il donne ses réponses au hasard… Paradoxalement, nous avons travaillé sur la lecture du calendrier et il a tout compris en une fraction de seconde. Il en va de même en histoire (eh oui, j’ose faire de l’histoire dans ma classe de CP et raconter l’histoire de France…), il adore ce que je raconte et il va lui-même beaucoup plus loin à la maison. Mais je me sens désemparée face à cet enfant qui a des résultats qui ne reflètent pas ses capacités.Et je culpabilise car je pense que c’est forcément à cause de moi.

    Mais en vous lisant, je me dis qu’effectivement il y a d’autres solutions et que même si elles me semblent difficiles à mettre en place dans une classe à double niveau, je dois pouvoir tenter la chose…

  11. Bonjour , je suis maman d’un enfant Léopotentiel c’est à dire à haut potentiel mais dyslexique et dysorthographique sévère , il a 10 ans et vient tout juste d’être diagnostiqué ; nous sommes rentrés depuis 2 jours en classe ULIS pour lui donner toutes les chances de réparer ses troubles DYS pour qu’il puisse s’épanouir par la suite dans sa potentialité , hors il rentre ce soir dépité et me dit  » je me sens considérer comme un bébé , je suis dans une classe bébé , je ne trouve pas ma place et en plus quand je leur parle par exemple des grottes de Lascaux , tout le monde me regarde comme si je venais d’une autre planète  » , nous venons de passer 8 mois de galère pour comprendre pourquoi mon enfant faisait une dépression dans le circuit habituel de l’école , j’ai du le déscolariser et faire divers bilan pour lesquels le diagnostique a été posé , je fais quoi ??? je suis perdue , et décidément mon enfant ne trouve pas sa place , que pensez vous de tout ça et auriez vous des conseils ou autre à me donner , merci .

  12. Bonjour,
    Merci pour cet article et pour les témoignages qui suivent !!! C’est très agréable de voir qu’il y a parmi les enseignants des personnes qui prennent en compte les EIP et cherchent à les accompagner au mieux.
    J’ai deux enfants de 9 et 11 ans, Mon garçon de 9 ans a été diagnostiqué à 7 ans car il était déjà en réelle souffrance scolaire. (Pour ma fille je n’ai pas voulu lui faire passer de tests inutiles car j’ai peu de doutes sur sa précocité et qu’elle a beaucoup moins de difficultés). Il vient de rentrer en CM1 après 2 trimestres à la maison parce que l’enseignante qu’il a eue l’an dernier et l’équipe pédagogique, étaient catastrophiques. Nous avons déménagé pour nous rapprocher d’un collège exceptionnel pour notre fille et en prévision de la future entrée au collège de notre fils. Mais ses rapports avec les autres enfants sont très difficiles et pour l’instant pas pris en compte.
    C’est terrible de devoir, chaque année, répéter les mêmes choses, quémander, expliquer, se justifier, ne pas passer pour des parents surprotecteurs ou trop fiers…
    Est ce qu’il existe une brochure explicative que je pourrais distribuer à chaque changement de classe ou d’école?
    Merci d’avance!
    Une maman fatiguée 😉

  13. Bonsoir,

    Maman d’un enfant de 10 ans dont le diagnostique est le suivant « qui verbal de 146 mais très forte dyssynchronie tellement grande(+ de53 points ) que le qi total n’a pas de sens » . Son profil ? provocateur, sans aucun doute..
    Obtus, voire obsessionnel, insolent, voulant avoir le dernier mot (après plus de 3h de discussions ..), supportant mal la frustration et l’injustice
    Il a une dyslexie, dysgraphie et est suspecté de dyspraxie
    Je suis enseignante et je suis catastrophée de ce que je peux entendre et lire . Il y a des textes, des circulaires… et la réalité. Celle que vous connaissez, celle que les Associations que j’ai eu au téléphone (et merci à elles pour la qualité de l’écoute et des renseignements) connaissent « bienvenue chez nous, c’est le parcours du combattant qui vous attend »
    et celle des écoles… les enseignants ne veulent même pas lire ou entendre les spécialistes qui suivent mon fils. Ils ne voient qu’un « insolent avec des troubles de la personnalité »
    Nous aussi, nous avons eu le droit à des « menaces de RIP » car nous aussi, nous serions de mauvais parents pour avoir un tel enfant (sur lequel on va projeter d’ailleurs divers phantasmes … puisqu’il est insolent, provocateur, qu’il travaille aussi peu à l’écrit… il n’a qu’a aussi faire figure de « délinquant « .)
    Le portrait établi en Equipe Educative n’est pas le bon, désolée
    Certes, il est insolent, têtu… à la maison aussi mais il « dit  » beaucoup et ne passe pas à l’acte: il respecte les horaires, respecte sa famille, sa conduit très bien à l’extérieur, est poli… »Non, nous avons beaucoup à faire, mais pas ça!  »
    Ce portrait, ces menaces, ces négations « il n’ a pas de troubles dys » »quand il veut , il peut » n’avaient d’autre but que de nous obliger à quitter l’école. L’enseignante ayant d’ailleurs conclu » je vais passer de bonnes vacances. Vous auriez du le dire plus tôt, on aurait pas perdu notre temps »
    J’ai découvert ce soir là, l’envers du décor…. « ce qui se faisait dans certaines écoles », l’ exact contraire de ce qui devrait se faire.
    Je suis révoltée. Oui, il faut tenter de trouver des solutions pédagogiques, oui, il y aura des réussites et des choses qui ne fonctionneront pas .. pas à chaque fois. Mais, avec de l’amour (et oui une enseignante peut aimer ses élèves) et de la bienveillance , cela devrait déjà aider ces enfants. Apaiser la souffrance des familles entières, c’est déjà beaucoup.
    Cela suffit-il ? J’aimerais dénoncer les actes et les propos tenus dans cette petite école il y a peu de temps …
    Comment faire ? Cela ne doit pas se reproduire… et j’entends.. et je lis que cela se reproduit, souvent , en tout lieu ?
    Je n’ai eu aucune formation sur le sujet (à charge de me renseigner moi-même ..), et je n’ai pas eu besoin d’ailleurs d’être formée à la bienveillance( c’est un principe) en 17 ans de carrière.
    Je viens de lire un témoignage sur un enfant précoce placé en ULIS. J’ai entendu qu’il avait des troubles dys par ailleurs.. mais la classe ULIS ne me semble pas adaptée. On peut travailler autrement avec des élèves dys. Ils peuvent suivre les cours , participer à l’oral.. et puis, pour l’écrit, tant pis! Ils font ce qu’ils peuvent . On les encourage, on adapte, on écrit parfois à leur place… en les plaçant près de l’enseignant(e ) au bureau, c’est facile..
    S’il souffre dans cette classe et qu’aucun aménagement n’est fait (plan de travail..) , il faut cesser cela.
    Comment faire pour alerter et dénoncer des agissements qui font souffrir, qui sont aussi violents ,surtout pour des hypersensibles ? Quels seraient nos recours ?
    merci
    françoise

  14. Bonjour Françoise,

    Votre témoignage montre l’ampleur de la tâche qu’il reste à accomplir !
    Vous avez raison, il a les textes d’un côté et la bonne volonté et la bienveillance de l’autre. Je pense que le plus difficile à comprendre et à admettre pour des parents est (sauf belles exceptions dont vous faites partie) ce refus presque de principe de vouloir se mettre à la portée d’un enfant qui avance vite et l’aider à se trouver à la place qui lui convient. En fait c’est la notion même de haut potentiel ou surdouement, précocité….qui n’est pas acceptée ni vraiment reconnue à mon sens. Il faudrait que le bilan psy soit reconnu comme document officiel au même titre qu’une ordonnance de médecin.
    Je n’ai pas d’autre solution à proposer que d’informer, en parler, laisser traîner ici ou là des documents, réagir lorsque les enfants ne sont pas pris en charge correctement : demander à faire respecter les textes, contacter systématiquement le référent eip…
    Pour les parents le problème est souvent qu’il y a le bien être moral de leur enfant en jeu, il n’est pas facile de se mettre un enseignant ou toute l’école parfois à dos sans toucher l’enfant qui lui est au milieu de tout ça et la plupart du temps les parents n’ont pas d’autre solution que de laisser leur enfant à l’école (c’est malheureusement la force de l’Ecole).
    Je pense vraiment qu’il faut réfléchir à une école différente, moins figée, d’où le succès croissant des écoles alternatives ou de l’instruction en famille qui permettent de mieux répondre aux besoins de tous les enfants .
    Beaucoup de travail encore en perspective….Courage !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.