QI et tests de QI
Comment définir la précocité intellectuelle ? Comment discerner
les enfants concernés des autres ? C'est bien souvent la 1ère question
qui vient à l'esprit de toute personne qui s'intéresse au sujet. Bien
sûr, les signes distinctifs ou autres inventaires d'identification apportent
un début de réponse, notamment pour une détection intuitive. Mais dès
lors que l'on veut précisément cerner le problème et mesurer distinctement
les aptitudes, il devient nécessaire d'utiliser des intruments de mesure
efficaces. C'est le rôle que jouent actuellement les tests de quotient
intellectuel (QI). Comme le reconnaît monsieur Delaubier, inspecteur
de l'Education Nationale, dans le rapport récent dont il est l'auteur,
"le seul outil communément admis pour délimiter ce groupe d'enfants est
le quotient intellectuel...". Mais d'où vient cette notion, qu'exprime-t-elle
et comment est-elle mesurée dans les faits.
C'est dès la fin du XIXème siècle et le début du XXème que les premiers
scientifiques se penchent sur la question de la mesure de "l'intelligence".
Nous employerons ici ce terme, tout en précisant bien qu'aucune définition
exacte et définitive de ce qu'il recouvre n'est aujourd'hui validée. En
1905, les français Binet et Simon sont les premiers à utiliser un test
fiable permettant d'exprimer en âge mental le développement intellectuel
d'un enfant. L'expression "Quotient intellectuel" fait son apparition
en 1912 lorsque l'allemand STERN propose de diviser le résultat obtenu
en âge mental par l'âge réel de l'enfant et de le multiplier par 100.
C'est seulement en 1939 que l'américain Wechsler introduit une modification
statistique qui permet d'exprimer les résultats en rang dans la population
de son âge et non plus en QI. Cela est particulièrement utile pour les
adultes, qu'il n'était pas possible d'évaluer en âge mental, comme les
enfants. Aujourd'hui, on continue cependant à utiliser le terme de QI.
La passation de tests psychométriques donne un résultat exprimé en chiffres
qui permet aussi de se situer en rang. La répartition de la population
se fait de manière quasi homogène des deux côtés d'une moyenne située
à 100. On parle généralement d'enfant précoce lorsque le "score" obtenu
s'élève à 130 (cela est à nuancer par les conditions de passation du test,
ce qui relève du travail du psychologue).
Les tests existants peuvent être triés de diverses manières :
- QI en répartition et QI en rang : inutile de revenir sur l'explication.
Sachez seulement que les résultats peuvent être comparés à l'aide de
tableaux de conversion.
- Tests culturels ou aculturels : selon qu'ils tiennent compte
ou non des connaissances de la personne testée. Les tests culturels
comportent tous, en effet, une partie verbale. Le test aculturel le
plus utilisé est celui des matrices progressives de Raven, qui ne fait
appel qu'aux facultés de raisonnement du sujet.
Les tests le plus fréquemment passés sont aujourd'hui ceux mis au point
par David Wechsler. Le WPPSI-R concerne les enfants de 2 ans et
11 mois à 7 ans et 3 mois. Le WISC est utilisé entre 6 ans et 16 ans et
9 mois. Le WAIS s'adresse aux adultes. Il s'agit de tests culturels avec
répartition en rang. Ces tests sont divisés en 2 groupes de subtests,
permettant d'obtenir une mesure de QI verbal (culturel) et de QI de performance
(aculturel). Le chiffre de QI total ne correspond pas à la moyenne
des deux résultats obtenus, mais découle d'une lecture directe. La
passation d'un tel test permet une analyse beaucoup plus fine du type
d'intelligence de la personne évaluée. En effet, l'interprètation des
résultats peut se faire pour chaque subtest facilitant ainsi la compréhension
du fonctionnement intellectuel du sujet. Par exemple, il est important
dans le cas d'un enfant précoce de connaître l'écart obtenu pour les parties
verbale et performance du test. C'est souvent l'occasion de constater
ou d'expliquer les phénomènes de dyssynchronie éventuels. Plus l'écart
sera grand au profit du verbal, plus le risque de problèmes de motricité
seront importants. On considère généralement qu'au dessus d'un écart
de 15 points au détriment du QI de performance des problèmes surviennent.
Les tests de QI n'ont pas toujours bonne presse. Comme toutes les mesures
qui servent à classer les populations, ils font souvent l'objet de critiques.
En vrac, on peut citer, parmi les plus fréquentes :
- Leur caractère réducteur : l'expression, à l'aide d'un résultat
chiffré de l'intelligence d'une personne ne permet en effet pas d'en
appréhender de manière détaillée les différents aspects. Cela est particulièrement
vrai pour les individus étant très doués dans un domaine particulier,
mais tout juste moyens dans d'autres. Prendre en compte les dimensions
multiples de l'intelligence semble être une voie de progrès pour l'établissement
des futurs tests.
- Leur manque de fiabilité dans les zones extrêmes : il apparaît
très difficile d'estimer le réel potentiel des personnes manifestant
un QI très élevé. La méthode statistique retenue a en effet le désavantage
de tasser les très hauts QI. La principale raison réside bien entendu
dans la faiblesse de l'échantillon disponible à ce niveau. Quand un
enfant sur 3000 environ obtient un QI supérieur à 150 au WISC, il devient
très difficile d'établir un nouveau test pour ceux-ci (il faudrait d'abord
constituer un échantillon valable, ce qui est très délicat).
- La mesure du QI n'est pas indépendante du contexte socio-culturel
: c'est notamment ce que pensent certains chercheurs proches du
milieu associatif. S'il est indéniable que les résultats obtenus lors
de la passation de tests culturels sont influencés par ce type de facteurs,
il n'en va pas de même pour d'autres tests. C'est pourquoi certains
psychologues continuent d'utiliser, par exemple, les matrices progressives
de Raven. Celles-ci, qui consistent en une successions d'items du style
"complètement d'image" ne font aucunement appel aux connaissances ou
au vocabulaire de l'enfant. Cela permet de tester de la même manière
un enfant issu d'un milieu particulièrement favorisé et un jeune étranger
fraîchement arrivé en France.
Comme on peut le constater, QI et tests de QI ont encore leurs détracteurs,
même s'ils sont considérés comme les éléments les plus aboutis pour
mesurer "l'intelligence". Il est vrai que la psychologie
n'est pas une science exacte et encore moins figée. C'est un domaine encore
jeune et sur de nombreux points les désaccords sont importants, même entre
les spécialistes. Là aussi, il s'avère nécessaire de faire progresser
la recherche. Lorsqu'on aura réussi à dépassionner le débat à force de
rationnalité, les critiques auront vocation à s'atténuer. La mesure
du QI n'est peut-être pas idéale, mais on n'a pas encore trouvé mieux.
Il sera indispensable de parvenir d'abord à une définition reconnue par
tous de l'intelligence. Ce n'est pas une mince affaire.
Olivier BONNET
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