Et si votre enfant était surdoué ?

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10 idées pour dégoûter un enfant surdoué de l’école

Loin de moi l’idée de rédiger un article outrancièrement négatif au sujet de l’école et des enfants précoces. Certains trouveront peut-être que je force le trait dans les 10 paragraphes ci-dessous mais l’expérience et les contacts avec nos visiteurs prouvent qu’aujourd’hui encore il n’est pas rare de rencontrer ce genre de situations dans les établissements de nos enfants. Même si la perception de leur différence et leur  prise en charge ont fait de réels progrès au cours des dernières années sous l’impulsion des associations et de pionniers du monde éducatif, il reste du chemin à parcourir pour que dans chaque école, dans chaque collège, des adaptations soient mises en place et que des erreurs parfois lourdes de conséquences ne soient plus commises. Voici un florilège des plus fréquentes d’entre elles.

10 idées pour dégoûter un enfant surdoué de l'école

1Lui dire « tu es sI intelligent, tu devrais être capable de faire ça ».

Voilà sans doute le meilleur moyen de détruire l’estime de soi d’un enfant précoce. Il n’y a pas mieux pour instiller dans son esprit le doute sur ses propres capacités et le brider pour longtemps. C’est méconnaître le fait qu’un enfant, fut-il supérieurement intelligent n’a pas la science infuse et que, comme tout un chacun, il peut porter un intérêt variable à des sujets différents. Un enfant intellectuellement précoce ne peut pas être un génie universel, notamment dans le monde où nous vivons, marqué par une développement sans pareil des connaissances accessibles.

2Lui répéter sans cesse « peut mieux faire »

Ou encore ne pas le féliciter car son bon résultat serait normal au vu de ses capacités et que, finalement, il n’a guère de mérite par rapport à ses camarades moins chanceux, moins bien dotés par la nature ou moins poussés par leurs parents. L’enseignant n’oubliera pas de bien faire figurer la remarque en question dans le bulletin trimestriel de l’élève, à l’attention des parents. Par souci de perfectionnisme, il poussera le vice jusqu’à enfoncer le clou devant la classe au complet, lors de la remise des devoirs notés. Ce genre de réflexion est ressenti très négativement par des enfants qui, pour la plupart, ressentent une grande soif de justice et d’équité.

3Lui dire qu’il n’a pas 20 car NUL n’est parfait

L’établissement que fréquentait notre fils au Cours Préparatoire n’utilisait pas de système de notation chiffré. Pour chaque compétence à aborder dans l’année, le bulletin proposait quatre possibilités de classement du travail de l’enfant : Compétence non acquise, réussite rare, réussite fréquente et compétence acquise. La maîtresse n’utilisait pas la première occurencce « pour ne pas décourager les élèves », ni la dernière « parce que rien n’est jamais définitivement acquis ». Imaginez-vous l’état émotionnel d’un enfant hypersensible de 5 ans qui se rendait plusieurs fois par semaine en classe de CE2 (donc avec des enfants de 8 ans) pour y suivre avec succès des cours de mathématiques et qui découvrait en fin d’année que la compétence « Ecrire et nommer les nombres entiers inférieurs à 100 » n’était pas acquise mais faisait simplement l’objet de réussites fréquentes ?

4Lui dire « Tu dois faire le même travail que tout le monde »

Ou sa variante « C’est ce qu’on apprend à ton âge ». Ce problème ne touche pas que les enfants précoces et c’est à mon sens la principale lacune de notre système éducatif. Tous les enfants sont différents, ont un rythme d’apprentissage variable et pourtant, tous doivent apprendre les mêmes choses, effectuer les mêmes exercices, au même moment, uniquement en fonction de leur âge. Pire, ils doivent fréquenter des enfants nés la même année qu’eux pour se « socialiser » et en-dehors de cela, point de salut.

5Lui répondre « tu verras ça l’an prochain ».

L’enfant précoce est curieux, c’est ainsi. Refuser de répondre à son besoin d’aller plus loin, d’approfondir un sujet, de connaître les tenants et les aboutissants d’une question précise, c’est négliger sa curiosité positive et le brider inutilement. S’il est bien évident qu’un professeur ne peut passer le plus clair de son temps à répondre aux interrogations d’un enfant surdoué, il existe cependant des solutions qui peuvent facilement être mises en oeuvre. Par exemple, pourquoi ne pas remplacer des exercices répétitifs et fastidieux par une séance de travail en autonomie sur documents qui permette à l’enfant concerné d’approfondir ou d’enrichir une partie du programme qui l’intéresse ?

6Lui refuser un saut de classe bénéfique pour de mauvaises raisons

En grande section de maternelle, notre deuxième fils s’exprimait très peu avec ses camarades et ne parlait presque pas avec sa maîtresse. La psychologue libérale qui l’avait testé et la psychologue scolaire du RASED pensaient toutes deux qu’un passage anticipé au CP était la solution pour résoudre ce problème particulièrement pénible pour notre garçon qui, de ce fait, n’était pas du tout intégré au groupe. Le conseil de cycle a refusé le saut de classe pour « déficit de communication », balayant d’une formule lapidaire la solution préconisée par les psys pour y remédier. Heureusement, l’inspecteur de l’Education Nationale a validé notre recours et notre fils est entré au CP à 5 ans. Dès les premiers jours, il s’est mis à parler avec ses camarades plus âgés et son enseignante. Que serait-il advenu de lui si la décision de l’équipe éducative avait été maintenue ?

7Lui donner un travail qu’il a déjà réalisé avec succès plusieurs fois

Un enfant typique a besoin de cinq ou six répétitions en moyenne pour s’approprier un nouvel apprentissage là où un enfant surdoué se contentera d’une ou deux. Ceci posé, il ne faut pas s’étonner de voir un enfant soumis à une batterie complète d’exercices identiques, proposée durant plusieurs jours, montrer de l’ennui en classe. De la même manière, il est inévitable pour un enfant doté d’une excellente mémoire et qui a acquis définitivement des apprentissages antérieurs de trouver mortellement ennuyeuses les nombreuses heures passées en début d’année scolaire à réviser le programme de l’année passée. Il est également illusoire de penser qu’un enfant doté d’une confortable avance en mathématiques se satisfera de devoir effectuer des additions à quatre chiffres alors que ses petits camarades en seront à deux et qu’il aura lui-même intégré cette notion depuis des semaines.

8Le forcer à s’occuper d’enfants en difficulté.

Le tutorat d’enfants rencontrant des difficultés est parfois présenté comme une solution qui permet d’occuper utilement un enfant précoce en manque d’activité et de mettre à profit ses connaissances pour un meilleur fonctionnement de la classe. L’intérêt de cette idée doit être relativisé, notamment parce que l’on sait maintenant qu’un enfant surdoué n’appréhende pas les apprentissages de la même manière qu’un enfant typique et qu’il n’y a donc pas de raison qu’il soit apte à former convenablement l’un d’entre eux. Un enfant est à l’école pour apprendre lui-même, pas pour seconder l’enseignant. Il ne faut pas négliger non plus la possibilité que la mise en oeuvre d’une telle pratique isole encore un peu plus l’enfant au sein de la classe en augmentant chez ses camarades le ressentiment qu’ils peuvent éprouver devant un enfant qui réussit bien et leur paraît survalorisé par l’enseignant. Le harcèlement scolaire peut rapidement faire son apparition dans ce cas, surtout au collège.

9Lui donner des livres à colorier quand il a terminé son travail

J’entends par là trouver n’importe quelle occupation sans intérêt pour faire passer le temps d’un enfant plus rapide que les autres jusqu’à ce que ses petits camarades aient pu le rattraper. L’exemple du coloriage n’est cependant pas anodin. Quoi de plus rébarbatif et de moins formateur lorsqu’on a l’esprit vif et curieux et qu’il serait tellement plus intéressant d’approfondir le cours ? A quel autre enfant donne-t-on ainsi une tâche à accomplir juste pour qu’il se tienne tranquille dans son coin ?

10Le punir parce qu’il ne semble pas attentif

Un enfant qui ne trouble pas le calme de la classe, qui n’empêche pas ses camarades de travailler et qui obtient de bons résultats ne devrait pas être blâmé parce qu’il semble écouter d’une oreille distraite les propos du professeur ou dessine sur son cahier pendant que celui-ci débite son cours. Beaucoup d’enseignants ne comprennent pas que le mode de fonctionnement de la plupart des enfants précoces leur autorise ce genre de pratiques, voire les rend nécessaires pour une bonne assimilation du cours. Les dérivatifs en question peuvent en effet favoriser la mémorisation par la visualisation, mais aussi permettre à l’enfant de canaliser des pensées envahissantes qui l’empêcheraient sans cela de se concentrer sur un cours qu’il trouve peu passionnant par ailleurs.

Bien sûr, il est rare de trouver toutes ces erreurs rassemblées dans le travail d’un seul enseignant, et heureusement. Il est cependant fréquent que, par méconnaissance ou choix de la facilité, des enfants subissent ce genre de désagréments qui peuvent, du fait de leur grande sensibilité, prêter durablement à conséquence. A nous, parents, de veiller au grain et, par le dialogue avec l’équipe éducative, de faire reculer des pratiques dommageables encore trop répandues.

Je vous invite à compléter cette liste mais aussi le cas échéant à en discuter le contenu en laissant vos commentaires en bas de page.

10 Comments

  1. GRIFFITHS JANE sur 15 mars 2015 à 13 h 21 min

    On vient de lire votre article avec ma fille Manon – pour nous il y a 9/10 points ici que Manon a subi à l’école!
    Elle est d’accord!



  2. Françoise sur 16 mars 2015 à 16 h 22 min

    Malheureusement !



  3. Magali sur 17 mars 2015 à 7 h 42 min

    Merci pour cet article qui aide à cerner certaines difficultés, et à avoir un autre regard non seulement sur le travail réalisé en classe, mais sur la manière dont on parle de l’école à la maison et dont on exprime nos attentes.
    Le point  » coloriage  » m’a fait sourire car en effet, notre enfant en a fait… beaucoup. Heureusement, il a eu la chance d’avoir des enseignantes qui ont d’elles-mêmes très vite préparé, à côté des « coloriages », d’autres activités un peu plus stimulantes :  » coloriages magiques « , exercices de difficulté supérieure sur la même leçon, rallye lecture, exercices ludiques sur l’ordinateur, fiches d’observation des animaux de la classe (vers à soie, escargots ou poissons) etc. Cela a eu un effet motivant pour toute la classe, et été très positif au niveau individuel.



  4. doty sur 7 avril 2015 à 21 h 37 min

    Mon fils se plaignait de s’ennuyer en CP. J’en avais parlé à sa maîtresse qui m’avait dit qu’il ne faisait pourtant jamais des exercices de sa fameuse pochette bleue. Un peu fâchée, j’en avais parlé à mon fils qui m’avait répondu : « ho, je vais te la ramener et tu vas comprendre ! » et effectivement, ce fameux « travail » était du coloriage. Il refusait systématiquement de le faire. Il déteste en CE1 toujours autant colorier et a même inventé une méthode pour colorier plus vite : deux feutres accrochés à un manche !



  5. Maria sur 15 mai 2015 à 20 h 43 min

    IOn vient de lire votre article avec mon fils pour nous il y a 8/10 points ici que mon fils subi à l’école!
    Il est d’accord!



  6. Anissa sur 9 novembre 2015 à 21 h 43 min

    On vient de lire votre article avec mon fils pour nous il y a 10/10 points ici que mon fils subi encore à l’école secondaire!!!!



  7. joël sur 5 mai 2017 à 21 h 41 min

    c’est pas toute à fait ça



  8. dugenougauche sur 11 mai 2017 à 14 h 19 min

    Je râle après le primaire de mes enfants. Le pompon a été pour mon dernier (14 ans en 3ème aujourd’hui) qui a des difficultés en graphisme et dépasse encore quand il doit colorier. Mais il est super rapide, rapidité qui a été encouragée ++++. Ben oui, quand il a finissait son travail, il avait le droit de faire ce qu’il voulait en attendant que les autres aient fini. Je le comprends, c’est plus cool de prendre un bouquin, ou ne rien faire. Mon fils a donc développé 2 compétences : la rapidité et ne pas faire de bruit. Ce n’est que maintenant qu’il a compris le piège dans lequel il s’était mis : menace de ne pas aller en 2nde générale….là il a eu vraiment peur …et nous aussi. Heureusement que nous avions fait tous les bilans demandés par le collège : le mot intelligent revenant régulièrement, le collège a regardé notre fils différemment. et tout est en train de rentrer dans l’ordre.



  9. philo sur 18 mai 2017 à 19 h 17 min

    C’est ce que vit mon fils en CE1 avec une année d’avance. La maîtresse ne veut pas qu’il saute une seconde classe malgré l’avis u psy alors il travaille très très vite et passe son temps à lire au fond de la classe…



  10. Françoise sur 24 mai 2017 à 16 h 41 min

    Bonjour,

    N’hésitez pas à saisir le référent eip de votre académie pour vous soutenir dans vos démarches.



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